À l’ère du numérique, les violences basées sur le genre ne disparaissent pas : elles se transforment. Elles se glissent dans les messages privés, les commentaires publics, les images partagées sans consentement. Face à cette réalité, les SISTERS ont choisi de ne pas se taire, mais d’agir, pendant toute la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, en croisant actions de terrain et mobilisation en ligne.
Tout a commencé par un signal fort. Le mardi 25 novembre, aux côtés de la Police des Nations Unies (UNPOL), les SISTERS ont lancé la campagne avec la conviction que la sécurité numérique est désormais indissociable de la sécurité humaine. Parce que protéger les femmes et les filles aujourd’hui, c’est aussi les protéger dans le cyberespace.
Dans cette dynamique, nous avons pris part à une séance de sensibilisation animée par le chapitre YALI, réunissant activistes et policiers de l’Unité de protection de l’Enfance et de lutte contre les violences sexuelles. L’objectif était clair : renforcer les capacités autour du Code du numérique et de son articulation avec les violences basées sur le genre. Les échanges ont permis d’approfondir la compréhension des éléments constitutifs des infractions liées aux VBG en ligne, mais aussi d’améliorer les pratiques en matière de formulation et de traitement des plaintes.

Cette activité a permis un dialogue entre officiers de police judiciaire et les Sisters, sur la place des femmes dans les forces de sécurité, avec davantage de femmes pour intégrer la Police congolaise. Car la présence féminine au sein de ces organes permet de mieux détecter, comprendre et traiter les infractions liées aux violences basées sur le genre, y compris dans l’espace numérique.

Mais la lutte ne se limite pas aux institutions. Elle commence aussi à l’école. À Lingwala, dans le centre de Kinshasa, plus de 60 élèves filles et garçons de l’École musulmane Sheikh Ntumba, ont également été sensibilisés aux réalités du harcèlement en ligne en milieu scolaire. Face à eux, le président du Chapitre YALI, Trésor Kalonji, a choisi une approche concrète : reconnaître les violences numériques, apprendre à les prévenir et savoir y faire face.

La maîtrise des interactions en ligne est essentiel pour que les élèves puissent identifier les comportements abusifs et utiliser les mécanismes de signalement fournis par les plateformes (Facebook et Tiktok) où ils sont les plus actifs.

Ensuite, vient la collecte et la préservation des preuves numériques, indispensables pour documenter les faits. Enfin, la médiation et la recherche de solutions pacifiques, afin de prévenir l’escalade des conflits et protéger toutes les parties concernées.
Un message clé a été martelé : le silence protège l’agresseur, jamais la victime. Parler aux autorités scolaires, aux parents, ou recourir aux autorités compétentes lorsque la situation l’exige, reste une étape décisive pour briser le cycle de la violence en ligne.
Les élèves ont également pu découvrir l’interface d’un jeu vidéo en cours de développement par SISTERS sur le harcèlement en ligne tout comme un dessin animé sur le même sujet (Bakengeli).

La campagne s’est également déployée sur les réseaux sociaux, à travers des publications multimédia, dont une bande dessinée (Vue de Loin) dénonçant les discriminations auxquelles les femmes font face lorsqu’elles portent plainte, souvent sans que leurs besoins sexo-spécifiques ne soient pris en compte.

Ces actions, menées à plusieurs niveaux, rappellent une vérité fondamentale : la lutte contre les VBG en ligne ne peut être ni isolée ni ponctuelle. Elle repose sur l’éducation, la sensibilisation et la co-responsabilité.
En outillant à la fois les institutions et les jeunes, nous traçons les contours d’un cyberespace plus sûr, où la dignité et l’égalité de genre ne s’arrêtent pas aux frontières du monde réel.
Les SISTERS remercient chaleureusement le Chapitre YALI et le réseau des femmes UNPOL de la MONUSCO pour leur engagement et leur contribution à la campagne 2025 des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre dans le numérique en RDC. Parce que, comme la paix, la sécurité numérique ne se décrète pas : elle se construit, ensemble.