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  • Une journée d’inspiration pour les femmes des STEM avec l’Ambassadeur des Etats-Unis en RDC

    Une journée d’inspiration pour les femmes des STEM avec l’Ambassadeur des Etats-Unis en RDC

    Une Journée d’Inspiration pour les femmes dans les STEM avec l’Ambassadeur des États-Unis en RDC

    Coucou Sisters

    Le mardi 10 septembre 2024, nous étions avec l’Ambassadeur des États-Unis en République Démocratique du Congo, S.E. Lucy Tamlin, qui avait organisé un événement réunissant des femmes passionnées par les STEM (Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques). Cette activité visait à honorer celles qui sont engagées dans ces domaines ainsi que celles qui aspirent à y débuter, et à créer un espace d’échange sur les défis qu’elles rencontrent dans leurs carrières. Des disciplines variées telles que la géologie, la biologie, la robotique et même les jeux vidéo ont été mises en avant lors de cette journée.

    Dans son discours d’ouverture, l’Ambassadeur Tamlin a tenu à rappeler à ces femmes, l’importance cruciale de leur contribution au développement socio-économique de la RDC. Elle les a encouragées à ne pas baisser les bras, malgré les obstacles rencontrés. Elle a également souligné le rôle crucial des jeunes femmes qui souhaitent embrasser ces carrières, les incitants à persévérer et à transformer les défis du quotidien en opportunités. Elle a levé son verre en l’honneur de toutes les participantes, dédiant cette journée au réseautage, à la solidarité et au mentorat entre ces pionnières des STEM.

    Thérèse Kirongozi a pris la parole pour partager son expérience innovante de robot roulage, qui a contribué à améliorer la circulation routière en RDC. Son désir d’embrasser ce domaine résulte d’un accident mortel qu’a subi son frère et qui a bouleversé sa vie à tel point, qu’elle s’était jurée de ne plus revivre cette tragédie. C’est de là qu’est née son idée de projet de création d’un Robot routier. Une entreprise de trois ans, ponctuée d’échecs, essais et erreurs, vu la difficulté d’adapter son concept au contexte congolais. Cela ne l’a pas découragé pour autant et après un long lobbying auprès des autorités et de la Police, son projet est devenu réalité.

    Thérèse Kirongozi ne s’arrête pas là et compte apporter davantage de solutions innovantes au développement de son pays dans d’autres filières connexes à la robotique. Elle a encouragé les femmes dans ce domaine à continuer à persévérer et à être des modèles pour les plus jeunes qui envisagent d’y faire carrière plus tard.

    La Team Sisters CD avec Madame l’Ambassadrice et une autre invitée

    Après son témoignage, les participantes ont eu l’occasion d’échanger sur leurs parcours, les obstacles rencontrés, leurs réussites et leurs ambitions pour l’avenir. Pour conclure, Madame Do Nsoseme, chargée de Programme à l’Ambassade des États-Unis, a présenté les nombreuses opportunités offertes par Département d’Etat américain aux femmes souhaitant développer leurs compétences dans les STEM. La Rédaction de SISTERS s’est particulièrement distinguée par son enthousiasme et exprime son enthousiasme aux organisateurs pour cette rencontre enrichissante.

    #Sisters! #Blood!

  • Ce qu’on y met est une bombe à retardement

    Ce qu’on y met est une bombe à retardement

    Chères Sœurs, le soutien est un sous-vêtement féminin composé de deux bonnets servants à soutenir et protéger vos seins dans une certaine mesure, les mettre en valeur. Mais ici en RDC, plusieurs femmes font de ce vêtement une poche, sous prétexte que c’est l’endroit le plus sûr pouvant cacher l’argent !

    L’argent ne devrait normalement pas être caché dans cette partie du corps (la poitrine) ni dans aucune, peu importe la raison, car, les billets de banque sont porteurs de germes et de bactéries. Plus de 7 types de bactéries se trouvent sur la surface des billets qui passent de main en main. On a même un moment fortement redouté que le Coronavirus se transmet par ce canal et encouragé de plus en plus les gens à utiliser l’argent électronique.

    Oui, beaucoup se sont inventées cette astuce pour échapper aux voleurs qui ciblent nos sacs à main. Mais est-ce vraiment une raison d’exposer nos seins à 2400 bactéries sur chaque billet ? Certaines pensent que les devises sont plus propres et mieux protégées que les francs congolais. Ma sœur, ça reste de l’argent. Microbes et virus ne font pas la différence.

    Si tu te réveilles, un bon matin avec des boutons pleins de pue ou des démangeaisons, il ne faut pas t’en prendre à ta tante ou chercher des punaises sur quelqu’un d’autre. La place de l’argent c’est dans un porte-monnaie ou un sac. Apprends juste à être plus vigilante.

  • RDC : ces inégalités qui façonnent encore nos institutions

    RDC : ces inégalités qui façonnent encore nos institutions

    Dans une salle réunissant près de cinquante hauts cadres de l’administration publique congolaise, l’ambiance n’était pas celle d’une simple rencontre protocolaire. Secrétaires généraux, représentants ministériels, experts, partenaires techniques et financiers se sont retrouvés autour d’une question centrale : comment faire de l’intégration du genre dans les politiques publiques une réalité concrète dans les institutions congolaises ?

    Organisé par le Ministère du Genre, Familles et Enfants avec l’appui de l’Union européenne et d’ONU Femmes, cet atelier a permis d’ouvrir un débat rarement abordé avec autant de franchise dans l’administration publique : comment les inégalités s’installent-elles dans les institutions, parfois de manière invisible, et comment les déconstruire durablement ?

    À travers plusieurs exemples issus des réalités congolaises, les participants ont été invités à réfléchir à l’évolution des normes sociales. Dans certaines communautés autrefois, la parole publique était essentiellement réservée aux hommes. Aujourd’hui, cette réalité évolue progressivement. Une manière de rappeler que les rapports sociaux ne sont pas figés et que les mentalités peuvent changer avec le temps.

    Mais derrière ces changements subsistent encore des mécanismes profondément ancrés dans la conscience collective. Tout commence par les biais : des perceptions construites sur l’autre sexe et souvent présentées comme des évidences. Des affirmations comme « les femmes ne savent pas diriger » ou « certains postes sont réservés aux hommes » finissent par s’installer dans les discours quotidiens sans être remises en question.

    Avec le temps, ces biais deviennent des stéréotypes collectifs. Puis ces stéréotypes influencent les décisions, les recrutements, les responsabilités ou encore l’accès à certains espaces de gouvernance.

    C’est ainsi que naissent les inégalités concrètes : faible représentation des femmes dans les postes de décision, difficultés d’accès à certaines fonctions ou encore marginalisation dans les processus administratifs. Pour les organisateurs, comprendre cette mécanique est indispensable pour espérer transformer durablement les institutions.

    Des cellules genre encore sous-utilisées

    Lors de son allocution, la Ministre du Genre, Famille et Enfants, Madame Micheline Ombae Kalama, tout en rappelant que le contexte de l’évolution de la donne Genre au niveau national, dans les institutions, a insisté sur un constat : dans de nombreux ministères, les cellules genre existent, mais peinent encore à jouer pleinement leur rôle faute d’accompagnement hiérarchique, d’absence de visibilité ou de fonctionnement limité aux grandes célébrations symboliques.

    « Une cellule genre qui ne fonctionne pas, c’est une opportunité d’équité qui s’éteint », a rappelé la Ministre.

    L’atelier a ainsi tenté de casser une perception encore très répandue : celle qui réduit les cellules genre aux activités du 8 mars ou aux événements ponctuels. L’objectif affiché est désormais d’en faire de véritables mécanismes permanents d’analyse, de suivi et d’intégration du genre dans les politiques publiques.

    L’Union européenne plaide pour des changements durables

    La Représentante de l’Union européenne, Madame Lauranne ANTELO, a quant à elle, salué les avancées déjà réalisées en RDC tout en rappelant que plusieurs défis persistent encore : accès à la justice, participation des femmes à la prise de décision, accès aux opportunités économiques ou encore aux services sociaux essentiels.

    Pour elle, l’approche genre ne doit plus être perçue comme un exercice technique réservé à quelques spécialistes. Elle doit devenir une manière normale de penser les politiques publiques, depuis la planification jusqu’à l’évaluation des programmes.

    Elle a également insisté sur le rôle stratégique des secrétaires généraux, considérés comme des acteurs clés dans la transformation concrète des engagements politiques en actions administratives.

    À l’issue des travaux, Madame Esther Kamuanya Biayi, Secrétaire Générale au Ministère du Genre, Familles et Enfants, est revenue sur l’importance de ces échanges avec les hauts fonctionnaires de l’administration publique.

    Selon elle, cette journée a permis de rappeler une idée essentielle : « le genre n’est ni une femme ni un homme », mais un outil permettant d’analyser les besoins spécifiques des différentes catégories de la population dans les politiques publiques.

    Les activités de sensibilisation des autorités publiques sur le genre sont organisés par le consortium d’Experts des cabinets IBF et Particip.

  • Des coup de poings faute de ceintures : le procès qui interroge tout un système

    Des coup de poings faute de ceintures : le procès qui interroge tout un système

    Il y a des affaires qui ne se racontent pas seulement avec des faits. Celle de cette patiente battue par un médecin et qui a défrayé la chronique en plein mois de mars en fait partie. Pas simplement parce qu’il s’agit d’une violence, mais surtout, puisqu’elle dévoile des rouages auxquels notre société est désormais conditionnée face au buzz : condamnation hâtive, procès d’intention, préjugés, misogynie et féminisme se croisent dans un procès qui au fond, a révélé une réalité bien différente.

    Au départ, il y a le geste médical. Une urgence. Et peut-être, déjà, une ligne invisible entre ce qui sauve et ce qui abîme. Puis vint l’indignation, puis la plainte. Et avec elle, la demande de justice. Courroucée, la Première des Congolaise demande des comptes. Dans la volée, le garant de la Santé Publique cède à la pression de l’opinion publique et déclare que le médecin incriminé est radié de la profession. Le présumé coupable quant à lui, est déjà livré à la vindicte populaire. Ses racines, ses occupations extra-professionnelles et son parcours sont limés par les éternels experts d’un jour, dont la spécialité se construit toujours au gré des événements. La Covid en a connu des milliers. L’éruption volcanique à Goma, les faits d’armes et les joutes sportives en ont certifié bien plus.

    Devant la pression, une partie des médecins s’offusquent et affirment qu’ils n’interviendront plus dans des cas similaires. L’affaire créant une jurisprudence dont personne ne voudrait plus tard, en faire les frais.

    Mais juger la médecine n’est jamais un exercice ordinaire.

    Face à une matière aussi technique, le juge ne peut avancer seul. Il doit convoquer d’autres voix : celles des médecins, des experts, parfois même de l’Ordre des médecins. Non pas pour déléguer sa décision, mais pour éclairer sa compréhension. Car ici, la vérité ne se limite pas à ce qui est visible. A ce que disent les experts des réseaux sociaux. Elle se niche dans des protocoles, des gestes et des secondes décisives.

    C’est tout le sens des mesures d’instruction. Réquisition d’expertise. Analyse croisée. Décryptage du geste médical. À l’image des juges assesseurs dans les matières coutumières ou commerciales, ces regards extérieurs deviennent essentiels pour dire le droit avec justesse.

    Car dans cette affaire, tout semble se jouer dans une zone grise. Celle où l’on évoque la faute professionnelle, oui, mais aussi les circonstances atténuantes. Celle où la coopération du prévenu avec la justice pèse dans la balance. Celle, surtout, où surgit une notion troublante : la nécessité.

    Que faire quand la vie est suspendue à un fil ? Jusqu’où peut-on aller pour éviter l’irréparable ? La théorie de la mort imminente vient bousculer les certitudes. Elle rappelle que parfois, les décisions se prennent non pas dans le confort des règles, mais dans l’urgence du possible.

    Alors la justice hésite, nuance, ajuste. Elle condamne peut-être, mais elle comprend aussi.

    Et dans cette histoire, le médecin n’est pas seul.

    En filigrane apparaît une autre responsabilité : celle de l’État. Employeur. Garant du système de santé. Responsable d’hôpitaux souvent sous-équipés, où les moyens manquent autant que les réponses.

    Peut-on exiger l’excellence dans un environnement qui ne la permet pas toujours ?

    Quand une patiente déboussolée refuse de coopérer, ailleurs, des dispositifs existent : lits adaptés, ceintures pour immobiliser, le tout encadré par des protocoles stricts. Ici, l’absence d’équipement devient un acteur silencieux du drame. Un facteur que la justice ne peut ignorer.

    Puis, il y a l’image.

    Dans notre époque hyperconnectée, elle devient preuve, arme, parfois piège. Le prévenu affirme avoir autorisé le filmage pour se protéger, anticiper l’irréparable. Mais pas la diffusion. Jamais la diffusion.

    Alors qui a publié ? Pourquoi ? Comment ?

    Car dans le numérique, chaque trace compte, chaque métadonnée parle. Et peut, à elle seule, renverser une accusation.

    Reste enfin l’essentiel. Ce qui ne se discute presque pas.

    L’intégrité de la victime.

    Physique. Morale.

    Et sur ce point, la justice est rarement hésitante. Il y aura sûrement condamnation. Parce qu’un corps a été touché. Parce qu’une dignité a été fragilisée. Parce qu’au-delà des circonstances, il existe des lignes que l’on ne franchit pas sans conséquence.

    La partie civile demandera réparation. Et l’obtiendra, d’une manière ou d’une autre.

    Mais au fond, cette affaire dépasse les individus.

    Elle pose une question plus vaste, presque inconfortable : que vaut la responsabilité individuelle dans un système défaillant ? Et comment juger équitablement quand les torts sont partagés entre un geste, un contexte et une structure ?

    Dans cette tension, la justice congolaise avance. Lentement, parfois. Mais avec une certitude : dire le droit, ici, c’est aussi raconter une société. Une société en quête d’équilibre entre humanité, responsabilité et vérité.

  • BOMOKO : quand 154 filles redéfinissent les règles du jeu

    BOMOKO : quand 154 filles redéfinissent les règles du jeu

    Il y a des samedis qui ressemblent à tous les autres. Et puis il y a eu celui du 14 mars 2026.

    Ce matin-là, les couloirs de l’École Internationale MAARIF de Kinshasa vibraient au son d’une ambiance inhabituelle. Des voix, des rires, de jeunes filles, certaines avec casques sur la tête, d’autres voilées, se suivaient, une par une, puis par dizaines. Elles étaient 154. Et elles allaient tout changer.

    L’heure de vérité

    Nous les SISTERS, n’avions pas organisé cette journée pour faire joli. Dans une salle comble, les filles venues de trois écoles de la capitale, l’Ecole internationale MAARIF, l’ITMAT ISTA/Ndolo et le Groupe Scolaire Sheikh Hamdan Tumba II, étaient réunies ensemble pour écouter un message. Pour intérioriser un combat. Celui contre les violences basées sur le Genre, mais cette fois, en milieu scolaire.

    Pour ouvrir le bal, la Commissaire Supérieure Adjointe, Maman Marcelline Ndaya, une habituée de ce genre de plaidoyer, s’est levée. Elle commande l’escadron de protection de l’Enfant et de prévention des violences sexuelles de la Police Nationale Congolaise. Devant la salle remplie d’adolescentes qui l’écoutaient, elle avait quelque chose de particulier. Elle leur a parlé des violences basées sur le genre, pas comme d’un sujet lointain, mais comme d’une réalité qui pouvait frapper dans n’importe quel couloir d’école. Elle leur a appris à nommer ces violences (attouchements, paroles ou gestuelles déplacés). À les signaler. À ne pas se taire. Chaque fille est repartie avec un flyer d’UNPOL (la Police des Nations Unies) dans les mains et un numéro de téléphone joignable sur WhatsApp – celui de l’escadron, disponible en cas d’abus.

    Christine Fournelle, représentante de la section SPT d’UNPOL, a pris le relais. Sa voix était posée, mais ses mots ne l’étaient pas. Elle a rappelé que le 8 mars n’est pas une fête, mais plutôt un rappel de tout ce qui reste à construire. Réduire les inégalités de genre, disait-elle, commence par une chose simple : que chaque femme, chaque fille, s’approprie les questions qui la concernent. Qu’elle cesse de laisser les autres parler à leur place.

    Trésor Kalonji, Président du Chapitre YALI, a conclu cette séance avec une idée qui a planté une graine dans beaucoup d’esprits : le football, les jeux vidéo, toutes ces disciplines longtemps perçues comme des territoires masculins ouvrent des portes et des opportunités académiques (pour étudier à l’étranger) et professionnelles (pour gagner sa vie et devenir autonome). Des bourses universitaires. Des carrières internationales. Pour les filles qui s’y aventurent avec talent et détermination.

    Trois équipes. Une seule pouvait gagner.

    Après la sensibilisation, les filles sont sorties pour un tournoi de football féminin et de sport électronique.

    La première demi-finale a opposé l’ITMAT-ISTA/Ndolo à Sheikh Hamdan Tumba II. Vingt minutes cumulées d’un football physique, intense, engagé. Les joueuses de l’ITMAT ont imposé leur gabarit et leur rythme jusqu’à arracher un pénalty en deuxième période marquant l’unique but de la rencontre. Suffisant pour passer.

    En finale, l’ITMAT retrouvait MAARIF, qualifiée d’office, mais affûtée, composée de joueuses habituées à se retrouver sur ce même terrain après les cours. Les coachs de l’ITMAT ont tenté de redistribuer les cartes en changeant trois joueuses clés, cherchant de la vélocité, du sang frais. MAARIF n’a pas attendu. Trois buts consécutifs, nets et construits. Une maîtrise qui ne laissait aucune place au doute. L’ITMAT sauvera l’honneur en toute fin de match, concluant la finale sur un score de trois buts à un. MAARIF soulevait le trophée devant ses propres tribunes.

    Et puis il y a eu Zena.

    Dix filles s’étaient inscrites en e-sport. Deux demi-finales. Une finale serrée, nerveuse, qui s’est décidée aux tirs aux buts.

    L’une des deux finalistes venait de l’ITMAT. Marina, une joueuse occasionnelle, habituée à la manette. L’autre s’appelait Zena. Élève de première commerciale à Sheikh Hamdan Tumba II. Et ce jour-là était la toute première fois de sa vie qu’elle tenait une manette entre ses mains. Pourtant, elle a gagné.

     » En tout cas c’était génial ! À la prochaine occasion, nous allons vraiment nous préparer. Si non , l’organisation a été parfaite  » a confié le Professeur Denis Musasa de l’ITMAT.

     » C’était bien organisé. Nous avons été bien accueillis. Coup de chapeau aux SISTERS. Nous espérons que ce type d’activités puisse être organisé à nouveau pour ouvrir nos élèves-filles à des nouvelles perspectives et surtout à se socialiser avec d’autres élèves » a renchéri le Directeur du Groupe Scolaire Sheikh Hamdan Tumba II, également membre de la Coordination des écoles conventionnées musulmanes de Kinshasa.

    BOMOKO

    En lingala, le mot veut dire unité. Mais le 14 mars 2026, il a voulu dire bien plus. Il a voulu dire que 154 jeunes filles de Kinshasa ont passé une journée à se découvrir plus fortes qu’elles ne le pensaient. Sur un terrain de football, devant un écran et face à des mots difficiles sur des réalités tout autant difficiles.

    Elles sont reparties différentes. Pas radicalement transformées, car la vie ne fonctionne pas comme ça. Mais avec quelque chose de plus. Un nom, un numéro à appeler si ça va mal. Une fiche des Nations Unies qui leur explique leurs droits. Mais également, une idée que le sport peut mener quelque part. La mémoire d’une journée où personne ne leur a dit qu’elles ne pouvaient pas.

    C’est ça, Sisters. C’est ça, BOMOKO.

    Le Tournoi Bomoko a été réalisé avec le soutien de UNPOL · de la MONUSCO (Bureau de l’Information Publique) et de· Hungry Warrior Academy Canada

  • Elles ont osé la diplomatie : des femmes congolaises qui tracent la voie

    Elles ont osé la diplomatie : des femmes congolaises qui tracent la voie

    Mars est le mois où l’on célèbre les femmes. Mais chez SISTERS, on préfère aller plus loin que la célébration. On aime raconter des histoires vraies, des parcours concrets, des femmes qui ont décidé d’occuper des espaces, même ceux qui ne semblaient pas leur être destinés.

    Et pour bien débuter ce mois de mars, on va commencer par vous parler d’un monde que beaucoup de jeunes Congolaises regardent de loin, avec admiration et parfois avec une pointe d’intimidation : la diplomatie.

    Un salon, des femmes et quelque chose qui change

    Fermez les yeux et imaginez : une résidence diplomatique à Kinshasa, sous une chaleur de 32 degrés, une table autour de laquelle sont assises des femmes venues de différents pays. Autour de quelques biscuits, saucisses et samoussas épicés, elles croisent des Congolaises, curieuses, ambitieuses, avec des rêves plein les yeux et encore trop de questions sans réponses.

    C’est exactement ce qui s’est passé lors d’une rencontre organisée à la résidence de l’Ambassadeur du Royaume des Pays-Bas, à Kinshasa. Des cheffes adjointes de missions diplomatiques et d’organismes internationaux, accréditées en RDC ont échangé avec un groupe de femmes émergentes, dans un moment rare, intime et inspirant.

    L’objectif n’était pas de donner une conférence sur les institutions internationales. Il y en adéjà eu trop. Il s’agissait de quelque chose de bien plus humain : réduire la distance. Montrer que derrière les titres et les protocoles (Excellence par-ci, Excellence par-là), il y a des femmes avec des histoires, des doutes, des détours et une détermination à toute épreuve.

    La diplomatie, ce n’est pas un monde à part

    Ce qui a frappé dans les récits des diplomates présentes, c’est la diversité de leurs chemins. Certaines ont suivi des études en droit ou en sciences politiques. D’autres sont arrivées à la diplomatie après des expériences dans le développement durable, la santé publique ou la coopération internationale. Comme quoi, il n’y a pas un chemin unique et tout tracé pour devenir diplomate.

    Ce message résonne particulièrement fort en ce mois de mars. Parce que l’un des plus grands freins pour les jeunes femmes qui veulent se lancer dans les relations internationales, c’est la fausse conviction, qu’elles ne sont pas à leur place. Que ce monde est réservé à d’autres. Que les portes qui y mènent sont trop lourdes à pousser.

    La vérité que les femmes diplomates sont venues partager ce soir-là, c’est que ces portes s’ouvrent. Avec de la curiosité et de la persévérance.

    Des Congolaises qui ont déjà ouvert la voie

    Et si on cherche des preuves que c’est possible, on n’a pas besoin d’aller loin. La RDC compte aujourd’hui plusieurs femmes qui incarnent cette excellence diplomatique, et leurs parcours valent la peine d’être racontés.

    Il y a d’abord Thérèse Kayikwamba, l’actuelle Ministre des Affaires étrangères. Son parcours est une leçon à lui seul : après ses études dans des domaines liés au Management et au Business, elle a travaillé pour la GIZ (Coopération Allemande), Oxfam, les Nations Unies et même pour le groupe Meta(Facebook) avant d’être appelée à diriger la diplomatie congolaise. Elle est la troisième femme à occuper ce poste en RDC après Marie Tumba Nzeza en 2019 et Adrienne Ekila Liyonda en 1987.

    Adrianne Ekila Liyonda : Première femme Ministre des Affaires Etrangères en RDC

    Du côté des Ambassadeurs, Yvette Kapinga Ngandu est actuellement Ambassadrice de la RDC aux États-Unis. Elle a construit son expertise au sein de la Commission de l’Union africaine et du Secrétariat des Nations Unies. Ruth Isabel Machik Tshombe a été la première femme Ambassadrice de la RDC en France en 2021.

    Il y a Ndaya Katwe Kalombo, a représenté la RDC à l’ONU à Genève. Clémentine Shakembo Kamanga a été Ambassadrice de la RDC en Pologne et en Hongrie. Betsine Kazadi, ancienne Ministre déléguée en charge de la Coopération internationale et de la Francophonie. Micheline Matadi NeMuleba représente actuellement la RDC auprès de Chypre et Fanny Tshiala Tshisuku est l’actuelle Ambassadrice de la RDC au Portugal.

    Des noms. Des visages. Des femmes congolaises qui ont choisi d’occuper l’espace international et qui le font avec brio.

    Ce que la diplomatie apprend sur soi-même

    Pour Elyse Mupa, coordonnatrice des SISTERS et présente lors de cette rencontre, la soirée a eu une résonance toute particulière. Ayant elle-même étudié les relations internationales, elle confie avoir retrouvé, dans les témoignages des diplomates, la flamme de ses propres débuts.

    « En les écoutant raconter leurs parcours, je me suis rappelé pourquoi j’avais choisi ce domaine. Cela montre que ces trajectoires sont possibles et qu’elles peuvent aussi inspirer les jeunes Congolaises. »

    C’est peut-être ça, le vrai cadeau de cette rencontre. Pas seulement les conseils pratiques comme suivre l’actualité internationale, maîtriser plusieurs langues, développer une pensée analytique, soigner son réseau, mais surtout, la capacité et la confiance de se projeter. De dire : moi aussi, je peux être là.

    Mars, le mois où on ose

    Célébrer les femmes en mars, c’est bien. Mais chez SISTERS, on croit surtout que la vraie célébration, c’est de créer les conditions pour que les prochaines Yvette, les prochaines Thérèse, les prochaines Ruth émergent.

    La diplomatie n’est pas un monde fermé. C’est un monde qui attend des voix nouvelles, des perspectives différentes, des femmes qui ont grandi entre le Congo et le monde et qui ont quelque chose d’unique à apporter à la table.

    Alors, à toutes les jeunes Congolaises qui lisent ces lignes : la table internationale existe. Et il y a une place pour vous.

  • Se taire n’est pas une option : nos écrans, nos luttes, notre dignité

    Se taire n’est pas une option : nos écrans, nos luttes, notre dignité

    À l’ère du numérique, les violences basées sur le genre ne disparaissent pas : elles se transforment. Elles se glissent dans les messages privés, les commentaires publics, les images partagées sans consentement. Face à cette réalité, les SISTERS ont choisi de ne pas se taire, mais d’agir, pendant toute la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, en croisant actions de terrain et mobilisation en ligne.

    Tout a commencé par un signal fort. Le mardi 25 novembre, aux côtés de la Police des Nations Unies (UNPOL), les SISTERS ont lancé la campagne avec la conviction que la sécurité numérique est désormais indissociable de la sécurité humaine. Parce que protéger les femmes et les filles aujourd’hui, c’est aussi les protéger dans le cyberespace.

    Dans cette dynamique, nous avons pris part à une séance de sensibilisation animée par le chapitre YALI, réunissant activistes et policiers de l’Unité de protection de l’Enfance et de lutte contre les violences sexuelles. L’objectif était clair : renforcer les capacités autour du Code du numérique et de son articulation avec les violences basées sur le genre. Les échanges ont permis d’approfondir la compréhension des éléments constitutifs des infractions liées aux VBG en ligne, mais aussi d’améliorer les pratiques en matière de formulation et de traitement des plaintes.

    Cette activité a permis un dialogue entre officiers de police judiciaire et les Sisters, sur la place des femmes dans les forces de sécurité, avec davantage de femmes pour intégrer la Police congolaise. Car la présence féminine au sein de ces organes permet de mieux détecter, comprendre et traiter les infractions liées aux violences basées sur le genre, y compris dans l’espace numérique.

    Mais la lutte ne se limite pas aux institutions. Elle commence aussi à l’école. À Lingwala, dans le centre de Kinshasa, plus de 60 élèves filles et garçons de l’École musulmane Sheikh Ntumba, ont également été sensibilisés aux réalités du harcèlement en ligne en milieu scolaire. Face à eux, le président du Chapitre YALI, Trésor Kalonji, a choisi une approche concrète : reconnaître les violences numériques, apprendre à les prévenir et savoir y faire face.

    La maîtrise des interactions en ligne est essentiel pour que les élèves puissent identifier les comportements abusifs et utiliser les mécanismes de signalement fournis par les plateformes (Facebook et Tiktok) où ils sont les plus actifs.

    Ensuite, vient la collecte et la préservation des preuves numériques, indispensables pour documenter les faits. Enfin, la médiation et la recherche de solutions pacifiques, afin de prévenir l’escalade des conflits et protéger toutes les parties concernées.

    Un message clé a été martelé : le silence protège l’agresseur, jamais la victime. Parler aux autorités scolaires, aux parents, ou recourir aux autorités compétentes lorsque la situation l’exige, reste une étape décisive pour briser le cycle de la violence en ligne.

    Les élèves ont également pu découvrir l’interface d’un jeu vidéo en cours de développement par SISTERS sur le harcèlement en ligne tout comme un dessin animé sur le même sujet (Bakengeli).

    La campagne s’est également déployée sur les réseaux sociaux, à travers des publications multimédia, dont une bande dessinée (Vue de Loin) dénonçant les discriminations auxquelles les femmes font face lorsqu’elles portent plainte, souvent sans que leurs besoins sexo-spécifiques ne soient pris en compte.

    Ces actions, menées à plusieurs niveaux, rappellent une vérité fondamentale : la lutte contre les VBG en ligne ne peut être ni isolée ni ponctuelle. Elle repose sur l’éducation, la sensibilisation et la co-responsabilité.

    En outillant à la fois les institutions et les jeunes, nous traçons les contours d’un cyberespace plus sûr, où la dignité et l’égalité de genre ne s’arrêtent pas aux frontières du monde réel.

    Les SISTERS remercient chaleureusement le Chapitre YALI et le réseau des femmes UNPOL de la MONUSCO pour leur engagement et leur contribution à la campagne 2025 des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre dans le numérique en RDC. Parce que, comme la paix, la sécurité numérique ne se décrète pas : elle se construit, ensemble.

  • L’espace numérique nous appartient aussi : les Congolaises en première ligne contre les VBG

    L’espace numérique nous appartient aussi : les Congolaises en première ligne contre les VBG

    Mardi 25 novembre 2025, le Quartier général de la MONUSCO à Kinshasa, a vibré sous les voix unies des femmes et des hommes dans le cadre de la campagne des 16 jours d’activisme, portée par le Réseau des Femmes UNPOL/MONUSCO (RFUM), autour du thème : « Unies pour mettre fin à la violence numérique contre toutes les femmes et filles ».

    La présidente de ce réseau, Melanie Solange Lazaro Alpaca, dans un discours chargé d’histoire et d’espoir, a évoqué les origines de cette campagne : « Ce chemin, dit-elle, nous le parcourons non seules, mais ensemble. Pour toucher, partout en RDC, des centaines, des milliers de femmes, de filles, de familles entières. »

    Car le thème de cette année, chers sœurs, résonne comme actualité brûlante mais très souvent ignorée. Un thème qui interpelle à la fois sur l’urgence et les mutations des violences. Parce que l’écran du téléphone et de l’ordinateur n’est plus un refuge. Parce que l’espace numérique, présenté comme un lieu d’expression et de liberté, peut aussi devenir un terrain de harcèlement, d’intimidation, de diffamation, de menaces et de chantage.

    Une sororité institutionnelle et citoyenne
    Le Réseau des Femmes UNPOL (RFUM) a organisé cette rencontre avec la conviction que la parole des femmes, lorsqu’elle se rassemble, peut déplacer les lignes. L’assistance, composée d’hommes et de femmes, témoigne de cette volonté partagée. Melanie Lazaro a retracé l’historique de ces 16 jours d’activisme : une campagne mondiale née du courage de militants des droits humains qui refusaient de laisser les violences se normaliser.

    Elle a salué la présence des hommes et des femmes venues « de tous les horizons », rappelant que l’ampleur de la mobilisation de cette année est en elle-même un message adressé à la RDC : les violences numériques ne passeront plus sous silence.
    La voix de Mélanie ne tremble pas. Elle transmet une vision, presque une promesse : celle de toucher largement, dans les provinces, dans les écoles, dans les commissariats, dans les familles, partout où les femmes vivent, construisent, espèrent.

    Dire, expliquer, nommer les violences numériques
    La Conseillère Genre du Chef de la Composante Police MONUSCO, Anes Ouoba Nignan, a expliqué dans un style pédagogique, ce que sont les violences numériques qui bien que virtuelles dans leur forme, n’en sont pas moins dévastatrices : divulgation non consentie de photos, harcèlement en ligne, manipulation de données personnelles, cyberintimidation, usurpation d’identité.
    Des blessures silencieuses, parfois invisibles, mais qui marquent longtemps les esprits et les cœurs. Elle rappelle que ces violences touchent particulièrement les jeunes femmes et les adolescentes. Certaines se taisent. D’autres s’isolent, quittent les réseaux sociaux. Beaucoup ne savent pas vers qui se tourner. L’un des enjeux majeurs des 16 jours d’activisme est justement d’ouvrir ces espaces où elles pourront être entendues, accompagnées, protégées.
    De son côté, Madame Christine Limoges Fournelle de l’Unité SPT-SVBG d’UNPOL, a souligné, la multiplication d’initiatives de sensibilisation, expliquant que la lutte contre les violences basées sur le genre n’est pas une action ponctuelle, mais un travail permanent, quotidien, minutieux, qui demande constance et engagement collectif.
    Le président du Chapitre YALI RLC East Africa est intervenu à son tour. Trésor Kalonji a remercié le Réseau des Femmes UNPOL/MONUSCO et assuré que son organisation participera activement à la campagne. Cette alliance entre structures policières et associations citoyennes incarne une direction nouvelle : celle d’une lutte qui ne se réduit plus à un cadre institutionnel, mais qui s’ouvre vers la société civile.
    Marcher pour dire non
    La journée s’est terminée par une marche symbolique dans les installations de la MONUSCO pour sensibiliser sur la question et montrer que les femmes et les hommes avancent ensemble et déterminées pour que les violences s’arrêtent en clamant :
    « Stop aux violences numériques ! »
    « Nos voix ne se tairont pas. »
    « La technologie doit être sûre pour toutes. »

    Les données du UNFPA sont là, froides, implacables : 460 000 cas de violences basées sur le genre en RDC entre 2021 et 2024. Ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ils représentent des vies, des visages, des trajectoires brisées par la violence des mots, le jugement des regards et des préjugés qui poussent de nombreuses femmes à renoncer.

    Renoncer à prendre la parole sur des sujets qui leur tiennent à cœur. Renoncer à des ambitions dans la vie publique (politique ou professionnelles). Un rappel de la raison d’être des SISTERS. Le porte-voix et le relais de celles qui hésitent encore à briser ce plafond de verre.
    Comme nous le rappellons souvent chères soeurs : la paix, la vraie, celle que l’on vit et que l’on ressent, ne se décrète pas. Elle se construit au féminin pluriel, dans l’écoute, dans l’action, dans la solidarité.

    À Kinshasa, en ce 25 novembre 2025, cette construction a pris corps.
    Elle a une voix. Elle a des visages.
    Elle a une force.
    Celle des femmes et des hommes qui refusent le silence.
    Celle des femmes et des hommes qui marchent.
    Celle des femmes et des hommes qui s’unissent.

  • La vie privée : un luxe interdit aux femmes publiques ?

    La vie privée : un luxe interdit aux femmes publiques ?

    Kinshasa. Novembre 2025. L’air est lourd, comme chargé de murmures. Sur les réseaux, le train train numérique des internautes s’abreuve de ce qui constitue la matière première de la désinformation : les rumeurs. Au milieu de ce vacarme, un nom revient, encore et encore : Thérèse Kayikwamba Wagner. Une femme. Une mère. Une ministre. Une cible.

    Ces derniers jours, les réseaux sociaux ont pris feu. Des vidéos, des photographies, des mots qui piquent, qui blessent, qui tachent.

    Dans ce tumulte, elle réagit. Une main posée sur le cœur. Une tentative de reprendre le fil de sa dignité, là où d’autres ont voulu le couper. Une déclaration pour la dignité et la décence contre la violence invisible qui s’abat sur les femmes publiques sans sommation.

    On l’accuse. On la lie à un escroc. On lui invente une carrière télé. Une nationalité douteuse. Une expulsion. Le dilemme dans cet élan est et sera toujours l’absence de preuves concrètes et vérifiables. Face à l’émotion et à l’effet de masse, l’humain a toujours tendance à se fier à l’incertitude plus qu’au rationnel.

    Dans ce monde où l’image vaut plus que les faits, le silence devient suspect. Et Thérèse, femme d’État, se retrouve sommée de se justifier. De prouver qu’elle est innocente. Comme si être femme, être visible, être forte, était déjà une faute. « Je suis une mère de famille, une épouse et une chrétienne », écrit-elle. Et dans ces mots, il y a plus qu’une défense. Il y a une revendication. Celle d’exister pleinement. D’être à la fois ministre et mère. Discrète et puissante. Croyante et combattante.

    Mais derrière cette déclaration, il y a aussi une douleur. Celle d’être trahie par l’espace public. Celle de voir son intimité piétinée. Celle de devoir rappeler que la vie privée est un droit, même pour celles qui servent l’État.

    Ce que vit Thérèse, ce n’est pas seulement une attaque personnelle. C’est le reflet d’un système. D’un regard social qui peine à accepter que les femmes puissent occuper des postes de pouvoir sans renoncer à leur humanité. À leur complexité. À leur féminité. Au respect.

    Et si, au fond, cette affaire révélait autre chose ? Une faille dans notre regard collectif. Une tendance à scruter les femmes publiques avec une loupe déformante, à chercher la faille plutôt que la force.

    Thérèse Kayikwamba Wagner n’est pas qu’un nom dans une polémique. Les jugements portés sur les femmes détenant des responsabilité révèlent des stéréotypes de genre. Historiquement, on scrute leur vie privée avec une sévérité disproportionnée, là où celle des hommes politiques reste souvent hors de portée des critiques ou beaucoup moins acerbes.

    Une femme ministre enceinte devient sujet de spéculation, alors qu’un homme ministre devenant père suscite à peine un commentaire. Une situation vécue avec l’ancienne Vice-ministre de l’EPST, Aminata Namasia.

    Cette asymétrie n’a aucune justification rationnelle. Elle repose sur des normes sociales qui peinent à accepter que les femmes puissent pleinement assumer leur leadership.

    Chez Sisters, nous croyons que chaque femme mérite d’être entendue, respectée, et défendue. Parce que la dignité ne se négocie pas et que les femmes, même sous les projecteurs, ont le droit de vivre sans être défigurées par les rumeurs.

  • Sécurité sans Elles : le chaînon manquant des réformes

    Sécurité sans Elles : le chaînon manquant des réformes

    Et si intégrer les femmes dans les instances sécuritaires devenait un acte de paix ? Et si leur présence dans les salles de commandement, les unités de terrain et les commissions permettait de repenser la sécurité comme un bien commun, et non comme une démonstration de la répression ?

    Dans les couloirs feutrés des institutions sécuritaires, les voix féminines peinent encore à se faire entendre dans les différents programmes de réformes du secteur de la sécurité. Pourtant, elles sont nombreuses à rêver d’un uniforme, un qui ne les enferme pas dans des rôles subalternes dans lesquels la société les a cloisonné, mais les propulse au cœur des décisions qui façonnent la paix.

    Dans les provinces affectées par les conflits dans l’Est du pays, la sécurité ne se mesure plus seulement en nombre de patrouilles ou de postes de contrôle. Elle se vit dans les silences des populations, dans les regards méfiants envers les uniformes, dans les récits d’auto-défense qui remplacent les promesses d’État. Une étude sur l’efficacité des institutions sécuritaires et la perception des parties prenantes révèle une fracture profonde entre les réformes du secteur de la sécurité et leur mise en œuvre réelle.

    La Résolution 1325 des Nations Unies, adoptée il y a 25 ans, reste méconnue pour une majorité de Congolaises. Pourtant, elle affirme clairement que les femmes doivent être impliquées dans la prévention des conflits, les négociations de paix et la reconstruction post-crise. Mais sur le terrain, le constat est alarmant : dans les zones comme l’Ituri et le Nord-Kivu, les femmes sont les premières victimes de violences, mais les dernières à être consultées sur les stratégies de sécurité. Au sein des Forces de défense et de sécurité, elles sont souvent cantonnées à des fonctions administratives ou peu valorisantes et rarement promues à des postes de commandement ou de stratégie.

    C’est dans ce cadre que Search for Common Ground, a initié, du 3 au 4 novembre 2025, à Kinshasa, un atelier de validation des résultats du diagnostic d’une étude qu’elle a mené sur la gouvernance du secteur de la sécurité et son impact communautaire dans l’Est de la RDC.

    L’objectif : confronter les données collectées depuis juillet 2025 à la réalité du terrain, en présence d’acteurs étatiques, communautaires et internationaux. Les échanges ont permis de croiser les regards, de revisiter les programmes passés et de formuler des recommandations pour une réforme plus inclusive et efficace.

    L’inclusion : un mot qui peine encore à se consolider durablement dans la sphère sécuritaire congolaise, où le Genre se recherche encore un siège équitable à la table des enjeux. Ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement une question de représentation. C’est une question de justice, de légitimité et d’efficacité.

    Les femmes apportent une lecture différente des enjeux sécuritaires, souvent plus centrée et mieux adaptée sur la protection des civils, la prévention des violences sexuelles et la reconstruction des liens sociaux. Leur absence dans les sphères de décision prive ainsi la société d’une intelligence collective précieuse pour mieux appréhender les questions sexo-spécifiques avec beaucoup plus d’empathie.

    L’affaire de l’adjudante Edjabora, poursuivie pour violation de consignes militaires puis relaxée, a dépeint le reflet d’une société où les femmes dans l’armée sont encore perçues comme des objets de plaisir. Le procès qui s’en est suivi, médiatisé et controversé, a rappelé l’urgence de lutter contre les stéréotypes et de garantir un environnement sécurisé pour les femmes en uniforme.

    Parce que chaque uniforme porté par une femme peut devenir un symbole de résilience. Parce que chaque décision prise par une femme dans une instance sécuritaire peut être une graine de paix plantée dans un sol encore trop marqué par les conflits. Parce que raconter leur combat, c’est déjà commencer à le gagner.

    Et parce qu’en RDC, la paix ne se décrète pas : elle se construit, une voix féminine à la fois.

  • La paix ne se décrète pas. Elle se co-construit, au féminin pluriel

    La paix ne se décrète pas. Elle se co-construit, au féminin pluriel

    Vingt-cinq ans après l’adoption de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité, les femmes congolaises ont une fois de plus fait entendre leurs voix. À Kinshasa, le 28 octobre 2025, elles étaient près de 300, issues du Nord-Kivu, de l’Ituri, du Kasaï, du Kongo-Central et même de la diaspora, à répondre à l’appel d’ONU Femmes, en partenariat avec la MONUSCO, les agences du Système des Nations Unies et le soutien du Royaume de Norvège. Le thème choisi pour cette conférence : « À la table de la paix, des voix qui font la différence ».

    Et ces voix ont résonné. Dans la salle du Townhall de la MONUSCO comme dans les cœurs, elles ont porté les récits de celles qui négocient la paix dans les villages, qui portent l’espoir dans les camps de déplacés et qui bravent les obstacles, très souvent avec des ressources dérisoires. Madame Arlette N’Vondo, Représentante d’ONU Femmes en RDC, leur a rendu hommage avec émotion : « Je voudrais saluer avec beaucoup d’admiration les femmes leaders et les organisations féminines… celles qui obtiennent des résultats concrets malgré les maigres ressources. »

    Mais au-delà des hommages, cette rencontre a été un moment de vérité. Car si la Résolution 1325 appelle depuis 25 ans à reconnaître le rôle des femmes dans la consolidation de la paix, leur accès aux négociations formelles et aux postes de responsabilité reste limité. Les témoignages partagés ont mis en lumière les défis persistants, mais aussi les avancées portées par des femmes qui refusent de rester spectatrices de leur destin.

    Des échanges intergénérationnels ont permis de tisser des ponts entre les mémoires et les aspirations. Des femmes jeunes et moins jeunes ont partagé leurs expériences de médiation communautaire, de reconstruction et de solidarité. Et toutes ont rappelé que la paix commence souvent par des gestes simples : écouter, dialoguer, protéger.

    La paix ne se décrète pas. Elle se co-construit, lentement, patiemment, avec toutes les voix.

    Elle se tisse dans les dialogues communautaires, dans les ateliers de sensibilisation, dans les récits partagés entre femmes déplacées et médiatrices locales. Elle se co-construit quand les institutions cessent de parler seules et commencent à écouter. Quand les chefs coutumiers, les OSC, les jeunes et les femmes s’assoient autour de la même table pour penser ensemble la sécurité, non comme une injonction verticale, mais comme une responsabilité collective.

    En RDC, cette co-construction prend racine dans des initiatives concrètes. À Bunia, Bukavu, Goma ou Kinshasa, des comités de sécurité locaux voient le jour, portés par des projets soutenus par les Nations Unies et les partenaires techniques. Ces espaces de concertation permettent aux communautés de remonter leurs préoccupations, de signaler les incidents, de proposer des solutions. Ils redonnent du sens à la gouvernance sécuritaire, trop longtemps perçue comme lointaine, opaque, voire prédatrice.

    Elle se co-construit aussi dans les curricula de formation des forces de l’ordre, désormais harmonisés pour intégrer les droits humains, l’éthique et la prévention des violences basées sur le genre. Dans les campagnes de sensibilisation menées par des organisations comme SISTERS RDC, qui encouragent les jeunes filles à envisager une carrière dans la sécurité. Dans les récits de femmes militaires qui brisent les stéréotypes et deviennent des figures d’autorité respectées.

    Mais cette paix reste fragile. Elle demande des relais institutionnels solides, des financements durables, une volonté politique affirmée. Elle exige que les réformes ne soient pas seulement administratives, mais profondément sociales. Que les femmes ne soient pas seulement invitées, mais impliquées. Que les communautés ne soient pas seulement consultées, mais écoutées.

    La paix ne se décrète pas. Elle se co-construit

    La paix se tisse dans les dialogues communautaires, dans les récits partagés entre femmes déplacées et médiatrices locales. Elle se co-construit quand les institutions cessent de parler seules et commencent à écouter les autres parties prenantes. Il est inconcevable que 52% de la population que constituent les femmes et qui sont les principales victimes de ces violences soient écartées des mécanismes de pacification. La paix se construit quand les chefs coutumiers, les OSC, les jeunes et les femmes s’assoient autour de la même table pour penser ensemble la sécurité, non comme une injonction verticale, mais comme une responsabilité collective.

    En RDC, cette co-construction prend racine dans des initiatives concrètes. À Bunia ou Kinshasa, des comités de sécurité locaux voient le jour, portés par des projets soutenus par les Nations Unies et les partenaires techniques. Ces espaces de concertation permettent aux communautés de remonter leurs préoccupations, de signaler les incidents, de proposer des solutions. Ils redonnent du sens à la gouvernance sécuritaire, trop longtemps perçue comme lointaine, opaque, voire prédatrice.

    Elle se co-construit aussi dans les curricula de formation des forces de l’ordre, désormais harmonisés pour intégrer les droits humains, l’éthique et la prévention des violences basées sur le genre. Dans les campagnes de sensibilisation menées par des organisations comme SISTERS RDC, qui encouragent les jeunes filles à envisager une carrière dans la sécurité.

    Mais cette paix reste fragile. Elle demande des relais institutionnels solides, des financements durables et une volonté politique affirmée. Elle exige que les réformes ne soient pas seulement administratives, mais profondément sociales et transversales. Que les femmes ne soient pas seulement invitées, mais impliquées. Que les communautés ne soient pas seulement consultées, mais réellement écoutées.

    Un appel collectif a été lancé pour que les autorités nationales et les partenaires internationaux soutiennent concrètement la mise en œuvre du Plan d’Action National de la Résolution 1325 en RDC. L’espoir est que cette dynamique se traduise par plus de femmes autour des tables de décision et moins de conflits dans les communautés.

  • Quand les femmes prennent la sécurité en main

    Quand les femmes prennent la sécurité en main

    Le Genre s’est invité au cœur des discussions sur la paix et la sécurité en RDC. Dans le cadre du projet Mon Passeport Sécurité, les SISTERS et ses partenaires, ont réuni des femmes et jeunes filles de Kinshasa, Lubumbashi, Likasi et du Nord-Kivu. Pendant deux jours, elles ont été plongées dans une formation qui dépasse les manuels : apprendre à collaborer avec les autorités locales, comprendre les dynamiques de prévention et de médiation, et surtout, saisir leur pouvoir de transformation dans la sécurité humaine.

    Cette initiative prend un relief particulier cette année, marquée par le 25e anniversaire de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité qui appelle à une représentation significative des femmes dans la prévention et la résolution des conflits, ainsi que dans la consolidation de la paix.

    Les échanges avec des expertes de la Police nationale congolaise, la Commissaire Supérieure Principale Nene Musavuli et la Commissaire Germaine Nebwe, ont permis d’aborder les défis liés à la sous-représentation féminine dans ces secteurs, tout en mettant en lumière les avantages d’un leadership féminin fort et inclusif, ouvrant des perspectives concrètes d’opportunités de carrière au sein des organes de sécurité publique.

    La Commissaire Divisionnaire Anes IPO Ouoba Nignan Anes, Conseillère Genre à la Police des Nations Unies (UNPOL) a partagé son expertise sur l’importance de placer les femmes au centre des stratégies de prévention et de résolution des conflits. Elle a parlé de son expérience personnelle qui l’a conduit à intégrer la Police du Burkina Faso, après des études de Master à l’Université et de l’évolution progressive des mentalités dans son pays sur la place des femmes dans ce métier.

    Elle a rappelé que l’intégration du Genre dans les dispositifs de sécurité contribue à la protection des communautés, mais ouvre également des perspectives de prise en compte des besoins spécifique des femmes et des filles dans les décisions et les stratégies sécuritaires.

    Les échanges ont démontré la nécessité d’accorder aux femmes davantage d’espace et de responsabilités, tant au sein des comités locaux de sécurité élargis, que dans la vulgarisation des plans et processus nationaux de paix dont notamment l’Accord de Washington entre la RDC et le Rwanda qui a fait l’objet d’un échange entre les participantes et Madame Emna Zghonda, chargée des questions politiques à ONU Femmes.

    La déléguée du Ministère du Genre, s’est appesantie sur la prévention des conflits émergents et communautaires, souvent exacerbés par les aléas climatiques, les stéréotypes, la désinformation, les défis économiques et les mutations technologiques. Des questions qui font partie du plan d’action de troisième génération pour la mise en oeuvre de la Résolution 1325.

    Un partenariat solide pour un impact durable

    SISTERS remercie chaleureusement la MONUSCO, à travers la Section Genre et la Police des Nations Unies, ONU Femmes, le Chapitre YALI East Africa en RDC, le Ministère du Genre et les différents participants issus des mouvements associatifs de Kinshasa, Lubumbashi, Likasi et du Nord-Kivu. Leur collaboration a été essentielle pour enrichir ces échanges et renforcer l’impact de cette formation.

    Cette première phase n’est qu’un début. La deuxième est prévue pour les 27 et 28 octobre 2025. Elle visera à approfondir les compétences des participantes et à les préparer à se lancer dans la sensibilisation directe des femmes et des filles jeunes diplômées d’Etat ou universitaires, à rejoindre les académies et écoles de formation spécialisées de la Police et de l’Armée congolaise.

    À travers ce programme, les SISTERS entendent contribuer à la matérialisation du Plan d’Action National de mise en œuvre de la Résolution 1325, en outillant les femmes pour qu’elles deviennent des actrices à part entière de la stabilité et de la cohésion sociale en RDC.