Dans une salle réunissant près de cinquante hauts cadres de l’administration publique congolaise, l’ambiance n’était pas celle d’une simple rencontre protocolaire. Secrétaires généraux, représentants ministériels, experts, partenaires techniques et financiers se sont retrouvés autour d’une question centrale : comment faire de l’intégration du genre dans les politiques publiques une réalité concrète dans les institutions congolaises ?
Organisé par le Ministère du Genre, Familles et Enfants avec l’appui de l’Union européenne et d’ONU Femmes, cet atelier a permis d’ouvrir un débat rarement abordé avec autant de franchise dans l’administration publique : comment les inégalités s’installent-elles dans les institutions, parfois de manière invisible, et comment les déconstruire durablement ?

À travers plusieurs exemples issus des réalités congolaises, les participants ont été invités à réfléchir à l’évolution des normes sociales. Dans certaines communautés autrefois, la parole publique était essentiellement réservée aux hommes. Aujourd’hui, cette réalité évolue progressivement. Une manière de rappeler que les rapports sociaux ne sont pas figés et que les mentalités peuvent changer avec le temps.
Mais derrière ces changements subsistent encore des mécanismes profondément ancrés dans la conscience collective. Tout commence par les biais : des perceptions construites sur l’autre sexe et souvent présentées comme des évidences. Des affirmations comme « les femmes ne savent pas diriger » ou « certains postes sont réservés aux hommes » finissent par s’installer dans les discours quotidiens sans être remises en question.
Avec le temps, ces biais deviennent des stéréotypes collectifs. Puis ces stéréotypes influencent les décisions, les recrutements, les responsabilités ou encore l’accès à certains espaces de gouvernance.
C’est ainsi que naissent les inégalités concrètes : faible représentation des femmes dans les postes de décision, difficultés d’accès à certaines fonctions ou encore marginalisation dans les processus administratifs. Pour les organisateurs, comprendre cette mécanique est indispensable pour espérer transformer durablement les institutions.
Des cellules genre encore sous-utilisées

Lors de son allocution, la Ministre du Genre, Famille et Enfants, Madame Micheline Ombae Kalama, tout en rappelant que le contexte de l’évolution de la donne Genre au niveau national, dans les institutions, a insisté sur un constat : dans de nombreux ministères, les cellules genre existent, mais peinent encore à jouer pleinement leur rôle faute d’accompagnement hiérarchique, d’absence de visibilité ou de fonctionnement limité aux grandes célébrations symboliques.
« Une cellule genre qui ne fonctionne pas, c’est une opportunité d’équité qui s’éteint », a rappelé la Ministre.
L’atelier a ainsi tenté de casser une perception encore très répandue : celle qui réduit les cellules genre aux activités du 8 mars ou aux événements ponctuels. L’objectif affiché est désormais d’en faire de véritables mécanismes permanents d’analyse, de suivi et d’intégration du genre dans les politiques publiques.
L’Union européenne plaide pour des changements durables
La Représentante de l’Union européenne, Madame Lauranne ANTELO, a quant à elle, salué les avancées déjà réalisées en RDC tout en rappelant que plusieurs défis persistent encore : accès à la justice, participation des femmes à la prise de décision, accès aux opportunités économiques ou encore aux services sociaux essentiels.

Pour elle, l’approche genre ne doit plus être perçue comme un exercice technique réservé à quelques spécialistes. Elle doit devenir une manière normale de penser les politiques publiques, depuis la planification jusqu’à l’évaluation des programmes.
Elle a également insisté sur le rôle stratégique des secrétaires généraux, considérés comme des acteurs clés dans la transformation concrète des engagements politiques en actions administratives.
« Le genre est un outil d’analyse »
À l’issue des travaux, Madame Esther Kamuanya Biayi, Secrétaire Générale au Ministère du Genre, Familles et Enfants, est revenue sur l’importance de ces échanges avec les hauts fonctionnaires de l’administration publique.

Selon elle, cette journée a permis de rappeler une idée essentielle : « le genre n’est ni une femme ni un homme », mais un outil permettant d’analyser les besoins spécifiques des différentes catégories de la population dans les politiques publiques.

Les activités de sensibilisation des autorités publiques sur le genre sont organisés par le consortium d’Experts des cabinets IBF et Particip.