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  • Semilas: un murmure d’ombre et de lumière

    Semilas: un murmure d’ombre et de lumière

    Le 23 juillet 2025, la résidence de l’Ambassadeur d’Espagne à Kinshasa baignait dans une ambiance presque solennelle. Les fauteuils se remplissaient lentement. Diplomates en costume sombre, militantes aux foulards colorés, journalistes, membres du gouvernement, acteurs de la société civile… Tous étaient venus pour un moment qui, au fond, n’avait rien de mondain.

    Sur l’écran, un film. Pas n’importe lequel. « Semilas du Kivu », œuvre du réalisateur espagnol Nestor Lopez. Déjà couronné du prix Goya 2025 du meilleur court-métrage documentaire, il porte désormais l’espoir d’un Oscar. Trente minutes pour raconter l’horreur : celle des violences sexuelles liées au conflit dans l’Est de la RDC.

    Le titre intrigue. Semilas signifie « semence » en espagnol. Lopez raconte : « Ce sont les semences que ces bourreaux laissent aux femmes. Mais elles, au lieu de les rejeter, choisissent de les élever et d’y transmettre leur amour ». Un mot simple, une métaphore qui blesse et qui répare à la fois. On sent l’assistance retenir son souffle.

    L’Ambassadrice d’Espagne ouvre la soirée. Elle parle doucement, mais chaque mot semble pesé : « Face à nos sœurs violées, ne réagissons pas par la honte, mais par l’amour ». Il y a un murmure d’assentiment, comme si l’assemblée reconnaissait que l’amour est une résistance, presque un acte politique.

    Puis, la Ministre du Genre, Léonie Kandolo Omoyi, se lève. Elle ne lit pas un discours, elle livre une blessure : « On a tué une partie du Congo, du Kivu. Une partie de moi est morte. Une partie de vous aussi. » Sa voix se brise, mais elle reprend : « Ne restez pas dans l’ombre. Foncez. Si vous ne vous engagez pas, d’autres décideront pour vous. Et leurs décisions seront contre vous. Parce que tout ce qu’on ne fait pas avec les femmes, on le fait contre elles. »
    Dans l’assistance, certaines femmes baissent les yeux. D’autres hochent la tête ou détournent de temps en temps le regard pour ne pas affronter la dureté des images ou le cinglant poignard des récits.

    Julienne Lusenge, militante de longue date, prend à son tour le micro. Elle rappelle que ces violences ne s’arrêtent pas aux victimes directes : « Quand une mère est violée devant ses petits garçons, c’est toute leur vision du monde qui se fissure. Les cicatrices sont invisibles, mais elles sont profondes ». Le silence qui suit est lourd.

    Et pourtant, au milieu de cette douleur, il y a une étincelle. Celle qui dit que même dans les ruines, on peut bâtir. Que dans les voix qui s’élèvent, il y a déjà un chemin de retour vers la dignité.

    Ce soir-là, ils étaient plus d’une centaine à écouter, à s’indigner, à promettre d’agir. La mélancolie flottait, comme une brume qui refuse de se dissiper. Mais dessous, il y avait la résilience, cette force silencieuse qui, à défaut d’effacer les blessures, apprend à marcher avec elles. Parce qu’en RDC, ces viols ne sont pas de simples crimes. Ce sont des armes de guerre. Et les combattre, c’est défendre l’âme même de notre humanité. Face à l’indicible douleur, elle nous apprend à faire face et à agir pour que cesse l’horreur. Pour que la dignité restaurée, revête à nouveau sa robe de majesté.

    Par David Mpongo

  • Les femmes plaident pour une paix inclusive et durable en RDC

    Les femmes plaident pour une paix inclusive et durable en RDC

    Kinshasa, le 23 juin 2025

    Rassemblées par la Synergie des Femmes pour la Paix et la Sécurité, un collectif d’activistes, juristes, victimes et médiatrices, des femmes congolaises ont remis ce lundi 23 juin, au cours d’une cérémonie à Kinshasa, une note de plaidoyer aux autorités congolaises exigeant trois choses : un cessez-le-feu immédiat à l’Est de la République Démocratique du Congo, la protection des civils dans les zones de conflit, et l’inclusion effective des femmes dans tous les processus de paix.

    Ce document, destiné notamment à la Ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba, s’inscrit dans un contexte de violences persistantes dans les provinces du Kivu notamment. Selon les chiffres de l’OCHA, près de 7 millions de personnes sont actuellement déplacées en RDC, en majorité des femmes et des enfants.

    Ce que demande la Synergie des Femmes pour la Paix et la Sécurité, c’est l’application effective des grandes résolutions internationales. La 1325 d’abord, adoptée en 2000, qui place la femme au cœur des efforts de paix. La 2250 ensuite, qui élargit cette exigence à la jeunesse et appelle à une participation significative aux processus de réconciliation.

     « Nous ne voulons pas être consultées après les négociations. Nous voulons être à la table, dès le départ », a lancé une représentante de la Synergie, rappelant que la paix ne peut pas être durable si elle continue d’être négociée sans la moitié de la population dont elles sont issues.

    La Ministre des Affaires étrangères, dans son allocution, a salué l’initiative, promettant de porter cette note aux plus hautes instances de l’État. Un engagement qui s’ajoute aux efforts du gouvernement congolais pour renforcer le cadre national de mise en œuvre du programme Femmes, Paix et Sécurité.

    La Synergie insiste sur le fait que la participation des femmes n’est pas seulement une question d’égalité, mais un élément stratégique pour la paix durable. Des études montrent que les processus de réconciliation et de stabilisation réussissent davantage lorsque les femmes sont impliquées dans les négociations, la médiation et la surveillance des accords. Dans les communautés de l’Est de la RDC, les femmes connaissent les besoins locaux, les dynamiques sociales et les vulnérabilités spécifiques, notamment liées aux violences sexuelles et aux déplacements forcés.

    Sur le terrain, la MONUSCO continue de jouer un rôle pivot en soutenant les dialogues communautaires, les programmes de désarmement et de protection des civils. Elle reste un partenaire stratégique, notamment dans les zones les plus reculées.

    Madame Julienne Lusenge en compagnie de la Ministre des Affaires étrangères

    Les femmes présentes ce 23 juin n’entendent plus ne se contenter que d’initiatives symboliques. Elles demandent la mise en place d’un cadre formel d’inclusion, allant au-delà des quotas, où leur expertise, leur vécu et leur légitimité soient pleinement reconnus. Car ce sont elles qui tiennent les communautés debout, lorsque tout s’effondre.

    Tant que ces femmes ne seront pas au cœur du processus, le pays risque de continuer à traiter les symptômes du mal congolais, sans jamais guérir les blessures qui gangrènent les principaux membres qui forment son corpus : 52 millions de voix qui en appellent à la paix !

  • Ce que Gémina n’a jamais dit

    Ce que Gémina n’a jamais dit

    Elle pourrait être n’importe quelle étudiante, assise entre deux amphithéâtres de l’Université de Kinshasa, les bras chargés de codes juridiques, l’esprit pris entre deux chapitres. Mais Miriam Kadima Ndaya n’est pas n’importe qui.

    À 24 ans à peine, cette jeune femme incarne une génération qui refuse de choisir entre silence et survie. Écrivaine, entrepreneure culturelle, juriste en formation, mais aussi cofondatrice de l’association Mwasi lakisa makasi n’a yo (Femme montre ta puissance), Miriam a décidé que sa voix compterait avec ou sans micro.

    Son roman, Femmes en grève : trêve d’immoralité, paru aux Éditions Muses, n’a que 65 pages, mais la densité de ce qu’il transporte vaut mille discours. On y suit Gémina, jeune femme plongée dans les tumultes de la vie scolaire, universitaire et professionnelle, prise en étau entre humiliations ordinaires, sexisme larvé et pressions constantes. Mais ce n’est pas un livre de plaintes. C’est un cri. Un coup de poing.

    « Ce qui m’a le plus marquée en écrivant ce roman, c’est la résilience », confie Miriam, un sourire timide au bord des lèvres. Une résilience qui est aussi la sienne. Car entre les lignes de fiction, on devine les batailles qu’elle mène elle-même suite au manque de soutien. « On nous dit qu’on n’a pas d’expérience, alors on doit avancer seules. » Seules, oui, mais pas résignées.

    Sa passion pour la littérature est ancienne. « Je veux investir dans le capital humain », dit-elle, avec une maturité qui tranche avec son jeune âge. Derrière cette formule, une conviction simple mais puissante : écrire, c’est éveiller, c’est soigner, c’est construire.

    Mais écrire ne suffit pas. Encore faut-il être lue. Et c’est là que le combat commence. Sans financement, sans soutien marketing, Miriam tente de faire connaître son « petit enfant » ainsi nomme-t-elle son roman de ses propres forces. Un livre imprimé à l’économie, vendu à la main, chéri comme un trésor fragile. Elle espère pouvoir, un jour, publier dans de grandes maisons. Elle le mérite. Et elle n’est pas seule.

    Miriam Kadima, c’est ce visage que l’on croise sans voir, cette jeune femme croisée dans une bibliothèque ou un taxi-bus, portant le poids de son avenir et celui des autres sur le dos. Elle pourrait baisser les bras. Elle choisit de prendre la plume.

    Aujourd’hui, elle tend la main. Pas pour mendier, mais pour construire. Offrons-lui le relais qu’elle mérite. Car soutenir Miriam, c’est donner une chance à toutes les Gémina invisibles de ce monde.

  • Trois vies pour un stylo

    Trois vies pour un stylo

    À Kinshasa, ville à la fois chaotique et débordante d’énergie, une jeune femme se fraie un chemin discret dans le tumulte ambiant. Étudiante, marketeuse et écrivaine à ses heures perdues, Bapedi Kanku Victoire conjugue ses journées sur trois fronts : l’université, son travail et la littérature. Elle n’est liée à aucune maison d’édition, n’a pas de mentor littéraire et n’est encore moins présente dans les cercles culturels mondains. Mais elle écrit. Avec obstination.

    Dans les rues de Matete ou de Bandalungwa, personne ne connaît encore son nom. Et pourtant, dans l’intimité de ses cahiers, c’est une génération qu’elle dessine : celle des jeunes Congolaises écartelées entre charge mentale, ambitions personnelles et devoir de performance.

    Mais écrire, pour une jeune Congolaise sans réseau ni éditeur, ce n’est pas un destin doré. C’est un luxe. Une lutte quotidienne contre le manque de temps, la fatigue, les responsabilités. Car le jour, elle vend et loue des biens immobiliers. Le soir, elle révise pour l’université. Entre deux obligations, elle grappille quelques minutes pour aligner des phrases. « Je ne peux pas me permettre d’abandonner si tôt », dit-elle. Pas comme une formule. Comme un constat lucide.

    Son texte pour le concours Sisterhood  est un appel brut, presque intime, à la prise de conscience. Elle y rappelle que les droits des femmes ne sont pas une faveur, mais un acquis à défendre. Le ton est simple, sans posture. Et c’est précisément ce qui frappe. Pas de grandes phrases. Juste des mots justes.

    Ce qui impressionne chez Victoire, ce n’est pas seulement son courage, c’est sa stratégie. Elle ne rêve pas de célébrité. Elle veut marquer l’histoire. Devenir une femme d’affaires, une autrice reconnue, un modèle. Pas pour flatter son ego. Pour servir d’exemple. Pour montrer qu’on peut être jeune, congolaise, issue d’un environnement modeste… et écrire son propre destin.

    Dans un pays où la jeunesse est souvent condamnée à l’attente, elle prend les devants. Sans bruit. Sans réseau. Sans plan média. Mais avec une détermination rare. Une lucidité sans illusion. Et une plume, une ambition.

    Bapedi Kanku n’est pas une héroïne. Elle n’est pas non plus une exception. Elle est le visage discret de toute une génération qui refuse de choisir entre survie et création. Une génération qui écrit parce qu’il faut bien, parfois, poser des mots là où on ne vous écoute pas.

  • Reines des champs sans trône ni couronne

    Reines des champs sans trône ni couronne

    Il est 18 h 15. Élysée pousse son chariot dans les allées d’un supermarché du centre de Kinshasa. Elle est à la recherche d’un petit plaisir qu’elle s’offre chaque fin de mois : un fromage de Goma, une petite merveille au goût travaillé avec soin. Mais ce soir-là, le rayon est vide. D’une voix rude, une dame lui annonce une rupture du stock, faute d’approvisionnement régulier depuis la chute de la ville entre les mains des rebelles du M23 fin janvier.

    Ce n’est pas la première fois. Ni pour le fromage de Goma, ni pour les huiles de Béni, le miel de l’Ituri, les haricots bio de Kalehe ou le cacao du Sud-Kivu. Élysée soupire, le cœur serré. Car derrière ces denrées indisponibles se dévoilent des récits poignants. Ceux de routes de desserte devenues impraticables. De champs transformés en zone de guerre. De coopératives à l’arrêt ou d’éléments de la Nature déchainés.

    À chaque rayon vide ou irrégulièrement garni, c’est une histoire de survie qui se joue dans les collines blessées du Kivu. De durs jours de labeur au Kwilu réduits à zéro par une pluie torrentielle ou des contrées verdoyantes où le poids des traditions joue leur partition.

    Au cœur d’un pays aux mille douleurs, les femmes rurales continuent de faire tenir debout ce que l’État, le marché et parfois même la nature semblent avoir abandonné. De ce qui tombe dans nos assiettes, issues de nos terres dont on ne cesse d’en vanter la fertilité dans les salons huppés et les statistiques, elles représentent 70 % de la main-d’œuvre agricole selon Madame Berinyuy NDI Martina de la Section Genre de la MONUSCO.

    Mais combien d’entre elles possèdent un bout de terre à leur nom ? Combien ont eu accès à un crédit bancaire, une formation ou même un simple conseil ? La réponse glace le sang : presque aucune. Parce qu’elles sont femmes. Parce que nombreuses n’ont pas eu la chance de naitre dans les grands centres urbains. Et surtout, parce qu’au-delà de la pauvreté, elles affrontent chaque jour de multiples murs invisibles qui les enferment dans un rôle de servitude.

    Le 28 avril 2025, à Kinshasa, une rencontre sous l’égide de la MONUSCO et d’autres agences des Nations Unies, a mis leur combat au centre. Des récits poignants ont exposé la dure réalité de mères qui nourrissent des millions d’âmes des mégalopoles congolaises sans jamais manger à leur faim. De filles empêchées d’hériter, d’investir, de rêver.

    Autour de la table, des expertes comme Marie Kouelé Gala, Isabelle Brungard ou Julie Pépinat ont martelé cette vérité brutale avec en plus, un avertissement : celui de l’impossibilité de bâtir la paix, la sécurité alimentaire, ni même l’économie de demain sans ces femmes. Et pourtant, les politiques publiques les marginalisent. Les banques les ignorent. Le climat dont elles sont pourtant les meilleures gardiennes d’écosystèmes mis à rude épreuve les trahit. Les traditions elles, souvent, les musèlent.

    La relance du RENAFER, ce réseau d’organisations de femmes rurales, est un premier pas. Mais un pas ne fait pas un chemin. Il faut marcher avec elles. Bâtir avec elles. Elles ne demandent pas la charité. Elles exigent la justice, l’équité, l’accès aux ressources, à la parole et à la reconnaissance. Elles le méritent.

  • Les femmes dans les services de sécurité: briser les barrières pour réinventer la paix

    Les femmes dans les services de sécurité: briser les barrières pour réinventer la paix

    Dans un atelier organisé en plein cœur de Kinshasa, le 23 avril 2025, un groupe consultatif de femmes s’est réuni autour d’une problématique tout aussi intrigante que complexe : la réforme du secteur de la sécurité en République démocratique du Congo à travers un regard féminin. Une question cruciale dans un pays où la sécurité reste fragile, et où la participation féminine y est très marginale.

    À la tête de cette dynamique, Madame Faïda Mwangila, une militante engagée a rappelé que malgré des avancées législatives, notamment l’article 14 de la Constitution qui garantit la parité, la réalité du terrain est toute autre. Dans les rangs des Forces armées de la RDC (FARDC), la Police, la Direction générale de migration (DGM) ou l’Agence nationale de Renseignements (ANR), les femmes ne représentent que 2,9 % des effectifs, et leur présence dans les postes de commandement est quasiment inexistante.

    Cette sous-représentation a poussé la MONUSCO, en collaboration avec la division Réforme du Secteur de Sécurité (RSS) et le Centre de Criminologie de l’Université de Kinshasa, à lancer une étude approfondie pour comprendre les causes de ce déséquilibre. Trois obstacles majeurs ont émergé des conclusions de cette étude et sont d’ordre socio-culturels, économiques et institutionnels.

    Les barrières socio-culturelles sont enracinées dans la pensée populaire et perpétuent l’idée que la sécurité est un métier réservé aux hommes. L’image de la femme militaire y est ainsi stigmatisée, présentée comme déconnectée de la vie familiale classique à laquelle elle est supposée être dévolue et perçue comme incompatible avec la maternité.

    Madame Faïda souligne l’absurdité de ces préjugés : « Voir une femme militaire, c’est souvent synonyme de rupture dans les familles, comme si son époux perdait en virilité” ».

    Les obstacles économiques et institutionnels complètent ce tableau sombre. Le manque de conditions de travail adaptées, d’infrastructures, et la rareté des opportunités d’évolution freinent l’intégration des femmes. Au sein même des institutions, la résistance au changement demeure palpable, avec une faible volonté d’améliorer la parité et d’ouvrir des postes de commandement aux femmes. Malgré les efforts affichés par le Président Tshisekedi pour pousser la parité dans des secteurs jusque-là masculinisés, notamment après avoir confié des secteurs stratégiques comme la Banque Centrale, des institutions publiques et la direction du Gouvernement à des femmes; le même élan de leadership a du mal à se concrétiser au sein des Forces de Défense et de Sécurité.

    Malgré ces défis, la rencontre ne s’est pas contenté d’un simple état des lieux, mais a posé les jalons pour la mise en oeuvre d’une feuille de route, portée par la certitude que la présence accrue des femmes dans la sécurité est une condition sine qua non pour une meilleure protection de la population et la consolidation de la paix.

    Madame Faïda rappelle avec force que la réforme ne peut être inclusive sans la participation active des femmes, dès l’école primaire, où les enfants devraient apprendre non seulement les grandes figures masculines ayant marqué l’histoire des Forces armées, mais aussi les dames dont l’engagement, passé sous silence, doit bénéficier de la même attention. Elle évoque l’exemple d’une ancienne officier de police qui a œuvré pour la défense des droits des femmes et des enfants et qui est une figure très respectée dans sa communauté.

    À l’heure où la RDC aspire à la paix et au développement, cette bataille pour l’égalité dans un secteur clé et aussi sensible que stratégique n’est pas qu’une question de justice sociale. C’est un enjeu déterminant pour bâtir un pays plus sûr, plus inclusif, où femmes et hommes œuvrent côte à côte pour l’avenir. Encore faut-il que nos communautés se débarrassent de cette image omniprésente de la femme dont le rôle, outre la maternité ne serait lié qu’aux tâches ménagères et aux travaux champêtres.

    Dans la lutte contre les préjugés et les discriminations, les femmes dans le domaine de la sécurité traceront la voie d’un changement de paradigme qui portera plus d’espoir et de confiance au service d’une paix durable.

    Par David Mpongo

  • Dans l’ombre des bombes, les femmes écrivent la paix

    Dans l’ombre des bombes, les femmes écrivent la paix

    C’est le style de récits dont on entend souvent parler. Celles de femmes, survivantes, qui entre les sentiers d’Uvira et les collines de Bukavu, transportent des marchandises, de l’espoir et parfois des enfants adossés à leurs fardeaux. Jusqu’au jour où leurs corps et leur être se transforment en zone de guerre, forcée par des hommes armés, puis réduites au silence. Très souvent, elles ne figurent dans aucun rapport officiel. Jusqu’au 16 avril 2025, où leurs sorts et le poids de leur existence, sont évoqués au sein d’un bâtiment de la MONUSCO, à Kinshasa. Et ce jour-là, d’autres femmes ont décidé qu’elles ne seraient plus jamais invisibles.

    Des dames comme Edith Meta Mwa Mbuyi, présidente de la Fondation Elaeïs ; Tabitha-Tiffany Moseka, Agée Chuga et tant d’autres, venues du Nord-Kivu, de l’Ituri, de Kinshasa et de nombreuses autres provinces. Elles ne sont politiciennes. Leaders communautaires, mais surtout, des témoins, réunies pour une tâche : faire un plaidoyer pour ramener la paix à l’Est de la RDC. Dans une note portée par la Bintou Keita, Cheffe de la MONUSCO et réunissant diverses recommandations concrètes, elles se dressent au-delà de la symbolique, face aux balles, aux viols, aux pillages. Elles opposent des mots, des faits, des statistiques, et la mémoire des victimes.

    « Humaniser le plaidoyer », disait Alain Likota, formateur et déplacé lui-même de Bukavu. Le plaidoyer, ce n’est pas une démarche froide. À l’exemple d’Akogwa. Une femme, agricultrice, enlevée à plusieurs reprises, spoliée de ses terres, bafouée dans sa dignité pour avoir dénoncé l’injustice des baïonnettes dans le Kivu.

    Ce jour-là, la MONUSCO, le PNUD, ONU Femmes et la société civile ont jeté les bases d’un agenda pour la paix. Pas une paix abstraite. Une paix avec des priorités : urgentes, à moyen terme, à long terme. Une paix qui demande aux groupes armés, au Rwanda, aux institutions régionales et à la communauté internationale à ce que cesse l’utilisation des femmes comme champ de bataille. Une paix qui exige des ressources, de la justice, et surtout, de la reconnaissance.

    Car oui, les femmes ne sont pas que victimes. Elles sont médiatrices, agricultrices, soignantes, artisanes de résilience. Elles protègent, elles alertent, elles reconstruisent. Et aujourd’hui, elles écrivent une page de l’histoire que le monde ne peut plus ignorer.

    Dans un pays où plus de 6,9 millions de personnes sont déplacées et où les minerais continuent d’alimenter les conflits, ces femmes rappellent une vérité simple : la paix durable ne se fera pas sans elles.

    Et Akogwa ? Elle ne sera plus qu’un chiffre. Elle est le souffle d’un plaidoyer. Une voix que les femmes du Congo refusent d’éteindre. Un plaidoyer pour construire la paix et garantir la sécurité pour des millions de femmes congolaises.

  • Le projet Avenir : une bouée de sauvetage pour les jeunes femmes rurales

    Le projet Avenir : une bouée de sauvetage pour les jeunes femmes rurales

    Kinshasa, RDC — Sous le soleil ardent de Kinshasa /RDC, nous avons retrouvé Justinien Bacirongo Binyoma, un homme au sourire franc et à la voix posée. Coordonnateur national du projet d’Autonomisation par la Valorisation de l’Entrepreneuriat Agricole et rural sensible à la Nutrition, Inclusif et Résilient au climat (AVENIR), il nous accueille dans un bureau modeste, mais animé par de grandes ambitions. Derrière des chiffres et des rapports, c’est une histoire d’impact humain qu’il veut nous partager – surtout pour les jeunes femmes congolaises.

    « Le projet AVENIR n’est pas qu’un nom. C’est une promesse, » lance-t-il avec conviction.

    Financé par le Fonds international de développement agricole (FIDA), l’Agence française de développement (AFD), et d’autres partenaires incluant le Gouvernement Congolais, ce programme chiffré à 213,5 millions de dollars qui arrive à échéance en  Aout 2030, vise à désenclaver les territoires des provinces entourant la ville de Kinshasa à savoir le Kongo Central, le Kwango, le Kwilu et le Mai-Ndombe en les connectant à la route nationale n°1, un lien vital vers la capitale et ses marchés.

    Mais ce qui rend ce projet unique, c’est sa vision centrée sur les femmes.

    « Le cœur du projet, ce sont elles », insiste Justinien Binyoma . « L’objectif, c’est que 50 % des bénéficiaires soient des femmes. Pas juste comme participantes, mais comme actrices majeures du changement. »

    Concrètement, le projet AVENIR  RDC ambitionne d’atteindre 450 000 ménages ruraux, soit près de 2,6 millions de personnes. Parmi les objectifs clés : augmenter de 30 % les revenus des producteurs et productrices des zones cibles et améliorer de 30 %, les rendements des principales cultures, et assurer que 50 % des ménages bénéficient d’une meilleure sécurité nutritionnelle.

    Pour faciliter l’accès aux marchés, le projet prévoit également la réhabilitation de 670 km de pistes rurales, la modernisation de 21 marchés territoriaux et la rénovation de 15 ports fluviaux. Ces infrastructures permettront une augmentation de 30 % de la commercialisation des excédents agricoles, soutenue par 8 500 initiatives d’entrepreneuriat rural et agricole, principalement portées par des coopératives, des femmes et des jeunes. Une aubaine pour Kinshasa, ville vorace avec ses vingt millions d’âmes à nourrir chaque jour et des opportunités pour les entrepreneurs.

    Des ateliers de planification aux visites sur les marchés, l’équipe du projet AVENIR  a identifié des organisations locales dirigées par des femmes, où elles occupent des rôles de leadership. Ces femmes deviennent porteuses de projets agricoles, entrepreneures rurales, ou formatrices dans leur communauté.

    « Beaucoup de jeunes femmes nous surprennent par leur dynamisme. Elles créent des petites entreprises, innovent en agriculture, s’organisent en coopératives… Le projet leur donne les outils, mais elles font le reste avec passion. »

    L’ambition ne s’arrête pas là. Le projet intègre aussi les femmes vivant avec un handicap ou issues des peuples autochtones. « On ne veut laisser personne de côté. L’inclusion, c’est fondamental pour une vraie transformation sociale. »

    Pour celles qui hésitent encore à s’engager, Justinien  Binyoma a un message :

    « Il y a de la place pour chaque femme, chaque jeune fille. L’avenir vous appartient. Si vous avez une idée, une volonté de contribuer, ce projet est fait pour vous. C’est vous, les jeunes femmes congolaises, qui porterez ce pays demain. Nous, on est juste là pour déblayer un peu le chemin. »

    À vous, jeunes lectrices : si vous êtes dans l’une de ces provinces ou connaissez une personne qui y vit et rêve de lancer une activité entrepreneuriale liée  à l’agriculture ou élevage, de cultiver, d’apprendre ou de construire un avenir meilleur, sachez que ce type d’opportunité est fait pour vous.

  • Bienveillance Nzita, une plume engagée entre résilience et affirmation

    Bienveillance Nzita, une plume engagée entre résilience et affirmation

    Derrière son nom aux accents prédestinés, Bienveillance Nzita révèle une personnalité qui alterne entre différentes postures, fruit de ses convictions militantes. Quand nous l’avons rencontré et parcouru avec elle, les contours de son œuvre, on y découvre un style, où l’intime rencontre le politique, où la quête identitaire se mêle au regard inquisiteur que la société pose sur la condition féminine. À travers ses écrits, cette jeune autrice congolaise se présente comme une voix singulière, portée par une conscience profonde des inégalités qui traversent son époque.

    Son dernier ouvrage, Femme Leader pour un Leader, s’inscrit dans un registre hybride, entre essai et manifeste. Loin du simple plaidoyer, Nzita y présente des parcours, des modèles et des réflexions ancrées dans sa propre expérience. Elle y interroge la capacité des femmes à occuper l’espace public, à briser les carcans sociétaux et à s’affirmer sans renoncer à elles-mêmes. Sans céder à l’écueil du didactisme, son propos reste accessible, porté par une prose qui évite les effets de manche au profit d’une pédagogie sobre et efficace pour les non-initiés.

    Mais c’est dans son projet romanesque en cours, Elikya — « espoir » en lingala —, que son écriture gagne en profondeur. Une fiction qui retrace l’itinéraire d’une jeune femme marquée par le rejet et le deuil dont l’autrice explore avec subtilité la résilience et la reconstruction. Le style, y est à la fois épuré et sensible, cherchant davantage à suggérer qu’à démontrer, privilégiant les non-dits aux déclarations péremptoires. Si certaines métaphores flirtent parfois avec un lyrisme appuyé, l’ensemble demeure maîtrisé, évitant le piège d’une écriture trop démonstrative.

    Au-delà de ses textes, Bienveillance Nzita est le reflet de cette nouvelle génération d’auteurs qui inscrivent leur travail dans un engagement plus large pour les causes sociétales.

    Fondatrice de Salon de Femmes, espace de dialogue entre l’art et le militantisme, elle y conjugue volontiers littérature et action sociale. Un positionnement qui soulève la question du statut de son écriture : s’agit-il d’une œuvre autonome ou d’un prolongement discursif de son combat pour les droits des femmes ?

    Si l’avenir littéraire de Nzita reste à suivre, une chose est certaine : son écriture, ancrée dans une vision du monde claire et assumée, ne peut pas laisser indifférent. Reste à voir comment, dans ses prochains textes, elle parviendra à affiner sa voix et à dépasser l’intention pour toucher à l’universel.

  • SisterHood : le concours littéraire de notre communauté a vécu

    SisterHood : le concours littéraire de notre communauté a vécu

    Dans un monde où l’écriture demeure un puissant moyen d’expression, le concours littéraire SISTERHOOD organisé par les Sisters, a révélé des talents insoupçonnés, tapis dans l’ombre et n’attendant qu’une opportunité, celle-ci, pour se révéler au monde.

    Parmi eux, Ngoma Bukasa Naomi s’est imposée avec une plume singulière et un texte à la fois incisif et sensible, remportant ainsi la première place de cette première édition.

    La Lauréate Ngoma Naomi (à droite)

    Son texte, intitulé « Le Sexe », bouscule les perceptions à travers le récit de son personnage principal Mariam, une femme que l’on réduit sans cesse à son rôle de mère, à son corps perçu comme un simple instrument de reproduction. Mais le Sexe, ce n’est pas seulement une chair que l’on convoite ou un ventre que l’on féconde, c’est aussi une identité, une essence trop souvent enfermée dans des carcans imposés que la lauréate a souhaité exhumer de la bulle que des décennies de masculinité toxique ont ancré dans les mœurs.

    À travers ce récit, Naomi laisse s’échapper les voix de celles que l’on cantonne à la maternité, à l’ombre des attentes sociétales. À ces corps destinés à perpétuer la vie que l’on a dépourvue d’esprits, d’âmes, d’idées et de rêves.

    Ce récit, place Mariam comme le miroir des réalités sociales d’un Congo sexagénaire et hanté par ses démons intérieurs qui l’entravent dans sa quête de s’affirmer et de se libérer de ses chaines forgées par les préjugés et nous interpelle sur la perception du corps féminin et la place de la femme dans la société. En mêlant habilement introspection et dénonciation, Naomi illustre une maturité littéraire qui pour son jeune âge, force l’admiration. Son style singulier, inspiré de Simone de Beauvoire, confère à son œuvre, une portée universelle.

    Derrière elle, Konde Emeraude décroche la deuxième place avec un texte empreint d’émotion et de lucidité. Son récit, explore tout en finesse, les luttes intérieures et la résilience des femmes, démontrant une sensibilité qui n’aura pas laissé le jury indifférent. Delices Kanda, complète le podium, avec une prose élégante à travers un regard empathique qui transporte les lecteurs, à travers les complexités de l’existence d’une congolaise.

    Au-delà de cette compétition, le concours SisterHood a été un révélateur d’idées et d’engagements divers de la part des participantes ayant fait le déplacement. Nous remercions toutes les autrices, qui ont été particulièrement enchanteresses dans l’évocation de leur conception de la condition féminine, dans des styles qui auront séduit, autant qu’ils ont interpellé nos consciences sur la nécessité de repenser le logiciel mental qui caractérise les membres de notre communauté vis-à-vis du Genre.

    La Représentante de la MONUSCO : Madame Winnie Litofe

    Cet événement, organisé avec l’appui de Section Genre de la MONUSCO, du Chapitre YALI et du Centre Culturel André Blouin, n’aura pas seulement couronné des lauréates, il aura affirmé avec éclat, que la littérature féminine est une force appelée à bouleverser les codes et à faire rayonner le meilleur de nous : au féminin.

    Merci à vous toutes les filles pour votre participation.