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  • Kimbanseke : une commune en quête de paix et de sécurité

    Kimbanseke : une commune en quête de paix et de sécurité

    Située en périphérie de Kinshasa, la commune de Kimbanseke est l’une des plus densément peuplées de la capitale congolaise. Malgré sa vitalité, elle demeure marginalisée en termes de services publics, d’infrastructures sécuritaires et de mécanismes de prévention des violences. Cette situation expose particulièrement les femmes et les jeunes filles, notamment sur les violences basées sur le genre, les conflits communautaires et la criminalité urbaine.

    Face à ce constat, le Bureau de Consultation, Participation Citoyenne et Développement, en partenariat avec la Fondation Hanss Seidel, le Chapitre YALI East Africa et votre média Sisters, a organisé une activité de sensibilisation communautaire le 14 octobre 2025. Cette initiative visait à informer et mobiliser la population locale, en particulier les femmes et les jeunes, autour des enjeux de paix, de sécurité humaine et du vivre-ensemble.

    De bout en bout, Yasmine Kankolongo, animatrice et médiatrice en changement de comportement social, a modéré les échanges. Madame Juvancelle Ngaa, vice-présidente du Conseil Communal de Kimbanseke, a prononcé le mot de bienvenue, soulignant l’importance de cette activité face à l’ampleur du banditisme urbain. Elle a appelé à faire de cette rencontre le début d’une série d’initiatives communautaires visant à renforcer la paix et la sécurité dans la commune.

    Madame Faida Mwangilwa, coordinatrice du Bureau de Consultation, Participation Citoyenne et Développement, a souligné que cette tribune n’était pas une simple rencontre, mais un moment d’engagement collectif. Elle a invité tous les participants à échanger sans détours sur la sécurité et la paix dans la commune, en mettant l’accent sur le rôle des femmes dans la prévention des conflits et la prise de décisions locales.

    Des échanges riches et constructifs

    Madame Félicité Kalume, intervenante et experte en gestion des conflits, a partagé son expérience, soulignant que la paix et la sécurité sont essentielles pour le développement durable. Elle a rappelé l’importance de la mobilisation de tous, des autorités aux citoyens, pour instaurer un environnement pacifique et sécurisé.

    Des conseillers municipaux de Kimbanseke ont rappelé que la paix est un levier de stabilité politique, de cohésion sociale, d’attraction des investissements, d’accès aux services et de participation citoyenne, contribuant ainsi à un développement inclusif et durable. L’activité a connu la participation active d’anciens délinquants, aujourd’hui convertis en ambassadeurs de la paix, qui ont permis de cerner les motivations qui poussent les jeunes à se livrer au banditisme. Une perception du phénomène qui a permis aux intervenants de cadrer leurs travaux de réflexion collective.

    À l’issue des échanges, les participants ont formulé des recommandations pour assurer une protection efficace, la mise en place de programmes d’encadrement et de réinsertion professionnelle pour les jeunes, à travers des formations entrepreneuriales et de leadership afin de favoriser leur autonomisation.

    La séance a été clôturée par Thierry Kanga, représentant des églises CADC, et Elyse Mupa, coordinatrice de Sisters RDC, qui ont remercié les partenaires et appelé la communauté à diffuser les messages de paix et à participer aux futures initiatives de sensibilisation sur la paix et le vivre ensemble. Ils ont souligné que cette activité était un pas important vers la construction d’une paix durable et inclusive dans la commune de Kimbanseke.

    Une initiative en phase avec la Résolution 1325 des Nations Unies

    Cette activité s’inscrit pleinement dans l’esprit de la Résolution 1325 des Nations Unies sur les femmes, la paix et la sécurité, mettant les femmes et les jeunes au cœur des efforts de paix et de sécurité, en les impliquant activement dans les processus de prévention des conflits et de promotion de la paix à la base.

    Elle démontre qu’une mobilisation locale et inclusive est indispensable pour bâtir un environnement sûr, stable et durable, et que la cohésion sociale passe par la participation active de tous les citoyens.

  • Derrière la joie de la rentrée, le piège qui guette les enfants en RDC

    Derrière la joie de la rentrée, le piège qui guette les enfants en RDC

    A chaque rentrée scolaire, c’est presque devenu un rituel. Sur les réseaux sociaux, les parents publient des images de leurs enfants souriants, cartables neufs sur l’épaule, posant fièrement devant l’école ou leur salle de classe. Ces images, postées avec fierté par les parents, traduisent la joie d’un retour en classe ou la première rentrée des plus petits. Mais derrière cette habitude se cachent des risques encore méconnus: l’exposition des enfants aux prédateurs numériques.

    « Les parents pensent célébrer un moment de bonheur, mais ils oublient que ces photos, une fois publiées, ne leur appartiennent plus. Elles peuvent être copiées, détournées et réutilisées à des fins dangereuses », explique Trésor KALONJI, chercheur en cybersécurité à Kinshasa.

    Poster une photo d’un enfant devant son école, avec son uniforme ou en mentionnant son prénom et sa classe, c’est offrir gratuitement des indices sur son identité et son environnement. Certains n’hésitent pas à mentionner l’état des routes ou les embouteillages expliquant de ce fait, le trajet emprunté de leur domicile jusqu’à l’école. Des détails que l’on croit anodins et qui sont publiées sans filtre, mais constituent une véritable cartographie pour quelqu’un de mal intentionné alerte l’expert.

    Une nouvelle menace : la récupération des photos par l’IA

    Une tendance inquiétante prend de l’ampleur et la RDC n’est pas épargnée : celle de photos d’enfants publiées par les parents sont récupérées sur internet, puis utilisées par des réseaux criminels actifs dans la pornographie enfantile.

    Grâce à l’intelligence artificielle, ces images sont modifiées pour créer des mises en scène sexuelles, où l’enfant apparaît nu ou dans une posture compromettante. Ces montages circulent ensuite sur des forums fréquentés par des prédateurs, et sont parfois monnayés.

    Les erreurs à éviter

    Trésor KALONJI recommande de bannir certaines pratiques :

    • Ne pas publier de photo où l’on distingue clairement le visage de l’enfant. Ayez le réflexe de flouter l’image ou de mettre un émoticône à la place.
    • Évitez de montrer les uniformes, logos d’école ou tout élément permettant d’identifier le lieu.
    • Ne donnez jamais de détails sur l’âge, la classe ou le trajet vers l’école.
    • Évitez surtout les photos intimes, comme celles de l’enfant au bain ou en train de s’habiller pour aller à l’école.

    Mai cela ne s’arrête pas qu’à l’école. Instituons une culture de la prudence numérique dès la maison. De la même façon qu’on apprend à l’enfant à traverser la route, on doit aussi lui apprendre à protéger son image et ses données.

    La rentrée scolaire doit rester un moment de joie partagée, mais sans mettre en danger la sécurité des enfants. Les familles peuvent célébrer autrement : publier une photo symbolique (un cartable, des fournitures scolaires) plutôt que le visage de l’enfant ; ou encore partager leurs émotions par des mots sans image.

    Protéger nos enfants, ce n’est pas seulement les accompagner à l’école et veiller sur leur scolarité, c’est aussi penser à leur sécurité numérique.

  • Leur dernier match s’est joué au cimetière

    Leur dernier match s’est joué au cimetière

    Le 17 août 2025, la nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre. Un véhicule revenant de Lume, sur la route Beni–Kasindi, a quitté la chaussée à hauteur de Balombi. Le bilan est lourd : six jeunes joueuses du Football Club Féminin Gillette et leur chauffeur ont perdu la vie. Parmi elles, l’entraîneuse Sisca Kombi, figure respectée du football féminin dans la région. Les images du minibus accidenté ont circulé rapidement, plongeant familles, coéquipières et toute la communauté sportive du Nord-Kivu dans la peine.

    Dès le lendemain, les corps ont été conduits à la morgue de Bulongo. Dans un silence pesant, familles et proches se sont rassemblés pour la levée des corps, veillées, chants et prières. Dans un contexte où le football féminin peine déjà à trouver sa place, la perte de ces athlètes a pris une dimension symbolique : ce sont non seulement des filles, des sœurs, des mères que l’on a pleurées, mais aussi des ambassadrices qui représentaient un rêve collectif, celui d’un sport qui libère et rassemble.

    Mais au-delà du chagrin, les cérémonies ont rouvert une question délicate, rarement discutée publiquement : celle des rôles imposés aux femmes lors des funérailles.

    Quand la coutume encadre le deuil

    Dans le Nord-Kivu, comme dans de nombreuses régions de la RDC, les rites funéraires sont fortement codifiés. Qui transporte le cercueil ? Qui descend le corps en terre ? Qui organise les lamentations ou prend la parole ? Chaque geste est chargé de symboles et répond à des règles transmises de génération en génération. Traditionnellement, certaines tâches sont réservées aux hommes. Transporter le cercueil ou manier la pelle au cimetière relève de ce qu’on appelle un rôle «masculin». Les femmes, elles, sont souvent affectées à d’autres fonctions : la veillée, le chant, les pleurs et la cuisson.

    D’où la question qui a ressurgi au cœur des funérailles des joueuses du Football Club Gillette : s’agit-il de protéger des croyances anciennes, ou bien d’une forme de discrimination qui prive les femmes de gestes symboliques puissants dans l’ultime hommage rendu à leurs proches ?

    Sur les réseaux sociaux, les avis se sont multipliés. Certaines voix ont dénoncé l’exclusion des femmes de certaines étapes du cortège funéraire, au motif de la tradition. D’autres ont rappelé que dans un moment de deuil, l’essentiel est de préserver l’unité et la dignité, et que les familles doivent pouvoir décider librement.

    Le débat n’est pas nouveau : dans plusieurs familles au Nord-Kivu, surtout suite à l’insécurité et le lot de morts qu’elle engendre dans son sillage, on voit un repositionnement des rituels, où des filles portent le cercueil, ou accompagnent leurs proches jusque dans la fosse. Ces gestes sont parfois vécus comme une rupture, mais aussi comme une reconnaissance du rôle que jouent les femmes dans la vie publique et familiale.

    Les obsèques des joueuses de Beni se sont donc transformées en miroir d’une société où coutume et modernité se font face.

    Les jeunes femmes du FCF Gillette incarnaient déjà un dépassement des frontières de genre en osant s’imposer dans un sport historiquement masculin. Leur départ tragique a ouvert la voie à une réflexion sur la place des femmes, non seulement sur le terrain, mais aussi dans les moments les plus intimes et symboliques de nos vies communautaires, comme les funérailles.

    La tradition n’est pas figée. Pendant les épidémies d’Ebola, on a vu des communautés très conservatrices dans l’Est, adapter leurs pratiques pour protéger la santé publique tout en préservant le sens des rites funéraires. Pourquoi ne pas imaginer la même dynamique autour des obsèques, afin de concilier respect de la coutume et la dignité des femmes ?

    Car, en définitive, qu’il s’agisse du terrain de football ou du chemin vers la dernière demeure, ce que ces jeunes femmes nous laissent en héritage, c’est la possibilité de bâtir une société où les coutumes restent vivantes, mais où elles n’excluent personne de l’hommage et de la dignité.

  • Pourquoi nos bébés ne survivent plus sans le sein ?

    Pourquoi nos bébés ne survivent plus sans le sein ?

    Kinshasa, 22 août 2025 – Le Centre hospitalier universitaire Renaissance de Kinshasa (ex Maman Yemo) a accueilli ce vendredi le lancement officiel de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel (Smam 2025), organisée par le Programme national de nutrition (Pronanut) en partenariat avec le Ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale. Placée sous le thème « Prioriser l’allaitement : tisser des réseaux de soutien durables », cette édition s’inscrit dans un contexte préoccupant : la baisse du recours à l’allaitement exclusif, particulièrement dans les milieux urbains, où les habitudes alimentaires tendent vers la malbouffe et les substituts de lait maternel non contrôlés.

    La chute de l’allaitement : un signal d’alarme

    Selon les données fournies par le Pronanut, à peine 42 % des nourrissons Congolais de moins de 6 mois bénéficient d’un allaitement exclusif, loin de la recommandation de l’Organisation Mondiale de la Santé qui fixe l’objectif à au moins 70 %. Dans les grandes villes comme Kinshasa, Lubumbashi ou Goma, ce taux chute encore davantage. Plusieurs facteurs expliquent ce recul :

    • Urbanisation et des modes de vie précaires : les mères, souvent contraintes par des activités de survie dans le secteur informel, réduisent la durée de l’allaitement pour reprendre rapidement le travail.
    • Prolifération des substituts : la publicité et la vente libre de laits industriels ou de bouillies instantanées, souvent mal préparées ou diluées avec une eau non potable, augmentent les risques de diarrhées et d’infections.
    • Poids de la malbouffe : la consommation croissante d’aliments transformés (beignets, boissons sucrées, produits importés de bas de gamme) impacte la santé des femmes enceintes et allaitantes, réduisant la qualité nutritionnelle du lait maternel.

    Et ce sont les services pédiatriques qui font le constat de tous les dégâts que cela causent sur les enfants. En RDC, près de 40 % des enfants de moins de 5 ans souffrent d’un retard de croissance, selon l’UNICEF, avec une part importante attribuée au sevrage précoce. L’absence d’allaitement exclusif favorise les cas de diarrhée, de paludisme sévère et d’infections respiratoires, premières causes de mortalité infantile dans le pays.

    L’introduction trop précoce d’aliments pauvres en fer, zinc ou vitamine A fragilise le développement cognitif des enfants et se répercute sur leurs performances scolaires. Le professeur Jean-Claude Mbayo, pédiatre au CHU Renaissance souligne : « Le lait maternel reste l’aliment le plus sûr et le plus complet pour le nourrisson. En l’abandonnant trop tôt au profit de bouillies industrielles ou de préparations mal contrôlées, nous exposons nos enfants à une spirale de maladies évitables. »

    Le paradoxe urbain : entre accès, négligence et mythes

    Contrairement aux zones rurales où l’allaitement est encore une pratique dominante par tradition, les milieux urbains voient émerger un paradoxe : les femmes ont davantage accès à l’information médicale, mais subissent la pression de la modernité qui associe l’allaitement prolongé a une forme de pauvreté. Dans certaines familles, donner du lait artificiel à l’enfant est perçu comme un signe d’élévation du statut social.

    Même dans les supermarchés, de nombreux produits avariés ou mal conservés représentent des risques qui détériorent la qualité du lait maternel

    D’un autre côté, certains hommes voient d’un mauvais œil, l’allaitement prolongé au sein, considérant que cela déformerait la femme. Une fille nous a confié que son copain lui disait que les femmes qui ont les seins tombés ont trop allaité des enfants.

    La Banque mondiale estime que la malnutrition coûte à la RDC près de 3 % de son PIB chaque année en pertes de productivité et en dépenses de santé. Promouvoir l’allaitement maternel n’est donc pas seulement un impératif sanitaire, mais aussi un investissement économique et social.

    Alors chères sœurs, quoi qu’en pensent certains, prioriser l’allaitement, c’est donner aux enfants un départ sain dans la vie, surtout lors des six premiers mois qui sont déterminants pour garantir qu’ils aient un système immunitaire fort.

  • Une femme est comme un canard peureux

    Une femme est comme un canard peureux

    Une femme est comme un canard peureux.
    C’était la phrase qu’on lui avait jetée au visage lors d’un exercice de terrain, devant toute l’unité alors qu’elle avait demandé à être dispensée d’un exercice suite à des règles douloureuses. Le rire des camarades résonnait encore dans ses oreilles ce soir-là. Rose, jeune recrue au sein d’une brigade avait serré les dents et était frustrée. Malgré sa passion et sa volonté de servir, elle se demandait si son propre corps lui rappelait, parfois avec douleur qu’elle était avant tout une femme. Une autre recrue avait même indélicatement jasé en lui demandant de se maquiller. Une blague qu’elle a très mal prise et qui la rongeait à chaque fois que leurs regards se croisaient.

    Le baptême du feu

    Quelques semaines après, son bataillon a été envoyé en opération dans une zone minée par des attaques répétées de rebelles islamistes. Ce jour-là, Rose et trois autres femmes soldats faisaient partie du détachement. Pour beaucoup, leur présence n’était qu’une formalité : « Ces PMF. Elles viendront soigner les blessés, porter les radios et nous préparer de la nourriture », glissaient certains. Mais quand l’embuscade a éclaté, la réalité a balayé les préjugés.

    Une pluie de balles s’est abattue sur le convoi qui fut pris de court. Pris de panique, plusieurs soldats se sont dispersés, cherchant un abri. C’est Rose qui, la première, a crié les ordres, ramenant ses camarades à la cohésion. Elle a guidé un groupe jusqu’à un talus, organisé la riposte et coordonné le tir de couverture. La bataille a duré de longues minutes, jusqu’à ce que les assaillants, surpris par cette riposte organisée, se replient, laissant derrière eux plusieurs morts et deux prisonniers capturés vivants.

    À l’issue de la bataille, le Commandant de l’unité fait le bilan et contacte ses supérieurs par radio. Pas un mot pour Rose dont le geste permit pourtant d’organiser la riposte. Les prisonniers sont conduits derrière un arbre pour interrogatoire. L’un d’eux, blessé, mais arrogant, refuse de parler.
    « Vous pouvez me tuer », lâcha-t-il, « je mourrai en martyr. ». Il ressemblait à un étranger de par son accent.
    Excédé, le commandant finit par ordonner qu’on l’envoie en détention, en attendant l’arrivée des services de renseignement.

    Mais juste avant qu’on ne l’emmène, Rose apparait. Elle n’avait pas prévu de participer à l’interrogatoire, mais quelque chose la poussait à tenter une dernière intimidation. Elle s’est avancée lentement, son arme et son corps encore couvert de la poussière du combat. Elle s’est penchée sur le prisonnier et, d’une voix ferme, a lancé :
    « Tu crois vraiment que ton paradis t’attend ? Regarde-moi bien. Si tu ne parles pas, c’est moi qui t’achèverai. »

    Puis soudain, le prisonnier, qui jusqu’ici se tenait droit, presque fier, a pris peur. Ses yeux se sont écarquillés. Il a pâli. Puis, dans un souffle, il a supplié le commandant :
    « Pas elle… pas par une femme… Si elle me tue, mon martyr est vain… je n’irai pas au paradis… »

    Les soldats présents se sont regardés, stupéfaits. Certains ont ri, d’autres ont échangé des murmures. Le commandant, lui, a gardé son calme. Il a ordonné que le prisonnier soit ligoté et a consigné dans son rapport ce qu’il venait de découvrir : chez ces rebelles islamistes, être tué par une femme était la pire des humiliations, un obstacle à la promesse de vie éternelle qu’on leur avait vendue.

    Quelques semaines plus tard, ce rapport est remonté jusqu’à l’état-major. La bravoure de Rose lors de la bataille, et surtout l’effet psychologique de sa présence los de l’interrogatoire du prisonnier capturé, ont marqué les supérieurs. Lors d’une cérémonie discrète, elle a été promue chef de peloton. Le général de garnison l’a appelée devant les troupes et a déclaré :
    « Hier, dans cette caserne, on riait en disant qu’une femme est comme un canard. Aujourd’hui, nous savons qu’une femme soldat peut terrifier l’ennemi plus que n’importe quelle arme. »

    À la suite de cet épisode et sur recommandation des services de renseignement, l’état-major a décidé d’intégrer davantage de femmes dans les opérations anti-terroristes. Pour une armée encore largement masculine, c’était une petite révolution.

    Rose, elle, n’a pas cherché la gloire. Dans le silence de sa tente, son brassard de chef de peloton accroché, elle pensait à ses camarades tombés au combat ce jour-là. Mais une chose était certaine : plus jamais personne ne rirait d’elle ni ne la prendrait de haut.

    L’histoire de Rose n’est pas un cas isolé. En Syrie, face à Daesch, et au Nigéria contre Boko Haram, d’autres combattantes se battent avec la même bravoure face à des hommes qui prétendent incarner la terreur. Leur courage montre que les femmes ont leur place dans les métiers de sécurité, même chez nous où la même menace existe. Ici, plus qu’ailleurs, leur reconnaissance n’est pas seulement une question de justice, mais une arme stratégique pour vaincre l’obscurantisme.

  • Invisible mais mortel : ce que tu ignores près de ton assiette

    Invisible mais mortel : ce que tu ignores près de ton assiette

    Dans les ruelles animées de Kinshasa, au milieu des klaxons, de la chaleur et des embouteillages à n’en pas finir, le commun des mortels s’attable dans des petits restaurants de fortune (malewa), où se mêlent odeurs épicées de nombreux plats prisés dans nos milieux familiaux. C’est dans ces instants passagers de communion entre nos assiettes et nos estomacs que le danger guette sans qu’on s’en rende souvent compte.

    Un matin, une amie, après un long cours à l’Université, s’est arrêtée dans l’un de ses lieux et s’est affairée à déguster ses mets préférés. Quelques heures plus tard, de retour à la maison, elle vomissait, les mains moites, les larmes prêtes à éclore. Autour d’elle, on criait aussitôt : « Elle a été empoisonnée ! ».

    Les esprits se sont rapidement orientés vers le film de ses dernières interactions, de ce repas, partagé avec des condisciples de l’Université, analysant les intentions cachées et la malice invisible. Dans la suspicion et le doute, elle avala un antibiotique, puis un antidiarrhéique, sans savoir si elle en avait vraiment besoin. Je vous laisse imaginer la suite. Si elle avait attendu un jour de plus, les dégâts auraient été irréversibles.

    Au-delà de cet épisode qui pour la famille de notre amie ressemblait en tout point au dernier repas du Christ avant son supplice, les révélations qui suivirent après examen révélèrent quelque chose de simplement banal : l’eau.  Ce fluide que nous tarissons de bien des éloges, mais que nous oublions parfois de simplement bouillir. Des quartiers entiers de Kinshasa n’ont pas d’eau potable : les citernes, les puits, l’eau vendue en sachet y ont concentré ce que la Nature a fait de mieux en matière d’infections et de contamination microbienne.

    Si l’irréparable était arrivé, et qu’un communiqué invitait les Sisters à venir participer au trépas de cette amie si proche, ce n’aurait été que le « poison », le seul et unique bouc émissaire qui aurait porté le poids de la faute, alors que l’eau, insoupçonnée et innocente, se serait délectée d’emplir les corps des personnes participant au deuil, à la recherche d’un autre organisme moins résistant et allergique à fragiliser.

    Automédication : l’arme douce… mais souvent pernicieuse

    En RDC, l’automédication est une solution confortable, presque un geste d’amour. On soulage vite, sans réfléchir. Mais trop souvent, cette « douce négligence » fragilise plus qu’elle ne guérit. Prendre ce qui est à portée de main : antalgique, antibiotique, anti-inflammatoire en l’absence de diagnostic, c’est tracer une ligne rouge. Les reins fatiguent, le foie se crispe, et la maladie, elle, se complexifie.

    Une enquête menée aux Cliniques Universitaires de Kinshasa montre qu’un patient sur deux arrive aux urgences déjà marquées par plusieurs comprimés… trop souvent inappropriés. C’est cette inadéquation qui retarde la vraie prise en charge, fragilise et, parfois, fais perdre des vies.

    Chères sœurs, dans notre ville si animée, entre les malewas et une eau douteuse, nous avons le choix de devoir nous prémunir. Ce n’est pas manquer de courage que de dire stop à l’automédication systématique ou de détourner le regard des bassines qui vous nourrissent à petits prix. C’est choisir la vie, c’est protéger les nôtres.

    Quand la peur frappe, ne laissons pas notre première réponse être une pilule avalée à la hâte. Écoutons le corps, observons, et recourons à la science quand il le faut. L’intoxication suscitée par la résistance de notre organisme à certains plats n’est pas forcément le résultat d’une quelconque malice, mais trop souvent, les conséquences de notre refus de confier à la science, le soin de nous guider vers le bien-être.

    Nous sommes, chacune, gardienne du corps que la RDC nous a prêté.

  • Aïsha à l’épreuve de la maturité

    Aïsha à l’épreuve de la maturité

    Dans les rues palpitantes de Kinshasa, au milieu de la marée humaine qui insensible, vaque à ses affaires, il est possible, sans vraiment y prêter attention, d’apercevoir une silhouette fine et discrète. Une jeune femme au teint clair, aux fossettes creusées par l’ombre du temps, toujours vêtue de bleu, une couleur qu’elle affectionne non sans déplaire à sa mère. Chaque jour, elle traverse l’avenue du 24 Novembre, entre le saut-de-mouton et les bâtiments de son université, l’air détaché, comme si le monde ne l’atteignait pas. Les salutations des vendeurs et des passants glissent et rebondissent sur elle, tandis que ses yeux, souvent perdus dans l’infime détail d’un trottoir ou d’un ciel lourd, cherchent un réconfort qu’elle ne clame jamais.

    Aïsha, car il s’agit bien d’elle, est nouvelle dans ce monde académique. Fraîchement diplômée, elle avançait avec l’impression que l’avenir lui appartenait, qu’il se tissait à mesure de ses pas. Les jours se remplissaient de projets, de rêves d’indépendance et d’un futur sculpté par son intelligence. Mais au centre de cette transition se tenait Patrick, un étudiant déjà avancé sur le chemin qu’elle aspirait à suivre.

    Au début, ses attentions lui semblaient comme le sceau d’une élection : celle où le fait d’être choisie par lui signifiait être reconnue, exister dans un monde où les regards définissent la valeur d’une femme.

    Mais les certitudes de cette idylle ont fini par se fissurer. Dans l’imaginaire, l’amour des jeunes filles est souvent chargé de symboles : il ne s’agit pas seulement d’un lien affectif, mais d’un passage initiatique, une première confrontation aux illusions et aux réalités d’un monde où les rapports de force sont omniprésents. Aïsha, avec son innocence encore intacte, se retrouvait confrontée à cette dure réalité.

    Au début, les signes étaient intenses, presque exaltants : des messages fréquents, des rendez-vous, des attentions particulières. Puis, presque sans bruit, ils devinrent discrets, épars, parfois absents. Les rendez-vous manqués, les regards distraits, les messages restés sans réponse creusèrent des fissures qui s’élargissaient chaque jour.

    Alors vint l’humiliation : celle où l’on comprend que celui avec qui l’on croyait partager sa destinée n’avait pas d’yeux que pour soi. L’âme se questionne, l’esprit vacille : était-ce une trahison inéluctable, la répétition d’un schéma connu par d’autres avant elle, ou bien une complexité motivée par des contraintes économiques, le désir de nouveauté, ou les jeux invisibles d’une société qui façonne chaque choix ?

    Aïsha se replia sur elle-même. Ses cahiers restèrent fermés, son esprit erra entre auditoires et vacarme urbain, son visage fermé aux inconnus. L’univers semblait traversé de failles invisibles. Chaque sourire devenait énigme, chaque parole, un potentiel piège. Elle découvrit, sans le vouloir, que l’amour pouvait se transformer en miroir des contradictions.

    Quand la déception devient le déterminant principal

    Mais la blessure prit une autre dimension. Aïsha ne se contenta pas de rejeter cet homme qu’elle avait sincèrement aimé. Elle devint méfiante envers tous les hommes, comme si la trahison s’était étendue à une essence entière de la masculinité. Par un détour nourri par la rancune, sa colère s’élargit à tous les ressortissants de la tribu de Patrick. De ses voisins jusqu’au petits vendeurs qu’elle croisait dans les ruelles ou au marché et dont les noms ou la morphologie lui rappelaient l’infâme, rappelaient à son coeur l’amer goût de la déception et de la trahison. La haine silencieuse, s’installa, subtile mais implacable, tissant un voile dans ses rapports quotidiens.

    Elle se jura de ne jamais aimer un homme de cette tribu. Cette conviction, fragile au départ, se renforça au fil de récits entendus ici et là : des histoires similaires de désillusions, non seulement amoureuses mais sociales ou dans le domaine des affaires, la confortèrent que la cause de cette trahison ne pouvait qu’être génétique. Chaque anecdote servait à confirmer sa conviction profonde : que la souffrance pouvait se reproduire, qu’elle avait raison de fermer son cœur à certaines personnes du même gêne que l’infâme qu’elle ne pouvait plus nommer par son nom devenu tabou.

    Et pourtant, le destin avait disposé sur son chemin une autre voie, un homme, Jephté, qui, sans éclat, aurait pu combler son cœur. De bon aloi bien que peu démonstratif, il était honnête et respectueux. Mais la rancune et les préjugés poussèrent Aïsha à détourner son regard. Elle ne le vit pas, ou plutôt, elle choisit de ne pas le voir.

    Elle ignorait alors, ou refusait de comprendre que dans certaines circonstances, la Providence teste parfois la résilience des croyants par les détours de leur cœur : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien » (Romains 12:21). Ceux qui se détournent par haine ou vengeance ratent souvent les voies du bonheur que Dieu leur avait tracées.

    Seule dans une église, les yeux levés vers les cieux, Aïsha implorait la miséricorde. Son cœur, chargé de tristesse cherchait la lumière, le pardon, la chance de trouver le bonheur, alors que son âme entretenait un ressentiment que la haine emplissait de sa coupe. Mais dans l’atmosphère électrique et bruyante de cette Assemblée qu’elle fréquentait, Dieu qui lui avait envoyé un signe pour lui permettre de rebondir ne l’écoutait plus.

    Dans la pénombre, entre les chants lointains et les cierges vacillants, elle resta là, suspendue entre désir de rédemption et le poids de ses propres barrières. L’avenir demeurait un mystère. Le chemin vers le cœur des autres et vers elle-même attendait qu’elle fasse tomber le voile de ses préjugés pour enfin percevoir l’amour et la grâce qu’elle avait écartés.

  • Des récits qui changent des vies : 17 jeunes femmes formées à la narration numérique pour la paix

    Des récits qui changent des vies : 17 jeunes femmes formées à la narration numérique pour la paix

    Kinshasa, le 26 juillet 2025

    Et si raconter devenait un acte de paix ?

    À l’ère des réseaux sociaux, une vidéo, une photo ou quelques lignes bien pensées peuvent éveiller les consciences, apaiser les tensions ou, au contraire, enflammer les discours de haine. C’est en partant de cette réalité que le chapitre YALI RDC, en partenariat avec votre média Sisters, a organisé une Masterclass en narration numérique avec l’appui de la Mission des Nations Unies en RDC (MONUSCO).

    La formation, tenue du 24 au 25 juillet 2025 a réuni plus de 17 jeunes femmes venues des quatre coins de Kinshasa. Leur objectif commun : apprendre à manier les mots et les formats numériques au service des résolutions onusiennes liées à la paix, la sécurité, les droits humains et la lutte contre les violences basées sur le genre.

    « Comment écrire un récit qui accroche ? Comment faire passer un message fort sans heurter ? Comment transformer une expérience vécue en histoire mobilisatrice ? »

    Ce sont autant de questions qui ont animé les ateliers, encadrés par le formateur Trésor Kalonji. Par une approche concrète et participative, chaque participante a pu explorer les techniques de storytelling digital : structure narrative, ton, formats adaptés à TikTok, WhatsApp ou encore Instagram.

    Mais au-delà des techniques, c’est une nouvelle posture qui a été cultivée : celle de médiatrices citoyennes, capables de vulgariser des textes parfois complexes comme les Résolutions 1325 ou 2250 de l’ONU, à travers des récits accessibles, humains et ancrés dans la vie quotidienne.

    La désinformation : le défi à surmonter

    Face à ces narratrices en herbes, la désinformation sera le principal obstacle auquel elles feront face au cours de leur cheminement. L’infobésité et la surabondance d’informations seront des constantes dans lesquelles elles devront naviguer pour faire entendre leurs voix et proposer des contre-narrations qui briseront les préjugés et redéfiniront les rapports humains dans une société congolaise de plus en plus fragmentée.

    Des participantes enthousiastes et motivées

    L’une des plus grandes réussites de cette Masterclass aura été la prise de conscience des participantes sur leur rôle de médiatrices numérique au service de la paix. C’est le cas de Bienveillance Nzita, écrivaine et activiste qui s’est donnée la mission d’utiliser ses nouvelles compétences pour contribuer à faire émerger des récits valorisants où les femmes sont des actrices au coeur du changement.
    Autre voix inspirante c’est celle de Pelagie qui compte désormais utiliser la narration comme un outil de plaidoyer.

    Avec cette Masterclass, c’est une nouvelle génération de conteuses engagées qui émerge, prête à faire entendre leurs voix pour une RDC plus juste, inclusive et résiliente.

    Rendez-vous est pris pour découvrir bientôt leurs premières productions sur Sisters. Parce que chaque mot peut être une graine pour la paix et la sécurité dans notre pays.

  • Sarah ou l’écho douloureux de la dépression en RDC

    Sarah ou l’écho douloureux de la dépression en RDC

    Il y a des histoires qui s’accrochent à la mémoire comme une ombre. Celle de Sarah, jeune femme de Kinshasa, arrachée trop tôt à la vie, est de celles qui se murmurent avec un mélange de douleur et d’incompréhension.

    Quelques mois à peine après son mariage, la promesse d’un avenir partagé s’est fissurée. Son mari, autrefois son complice, lui a tourné le dos en introduisant une autre femme dans sa vie. Dans ce foyer, là où elle aurait dû trouver chaleur et soutien, Sarah n’a récolté que le silence et le rejet. Alors, la solitude s’est installée. La dépression a pris de l’ascendant sur son morale, lui inoculant sournoisement le venin du désespoir.

    Un soir, Sarah, à bout et sans soutien psychologique, s’est convaincue qu’elle ne trouverait de répit que dans la mort. Avant de poser le geste funeste, elle avait pris le temps de parler au monde, par une vidéo bouleversante, où elle y expliquait larmes aux yeux, la source de ses déboires.

    Des chiffres derrière les silences

    L’histoire de Sarah ne surgit pas dans le vide. En RDC, la détresse psychologique des femmes est une réalité sourde, trop souvent ignorée. À Kinshasa, entre 15 et 71 % des femmes déclarent avoir subi des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire. Un fardeau qui alimente anxiété, isolement et perte de repères. Dans les hôpitaux, 22 % des patientes présentent des troubles de l’anxiété, et jusqu’à 23 % des troubles de l’humeur et du comportement qui se répercutent sur leurs enfants.

    À l’Est du pays, où les conflits déchirent encore les vies, la douleur prend d’autres visages : plus d’un tiers des déplacés portent des symptômes dépressifs ou post-traumatiques. Dans le Nord-Kivu, les humanitaires rapportent un chiffre glaçant : en quelques mois, le nombre de femmes déplacées de guerre exprimant des idées suicidaires est passé de 5 à plus de 120 par mois. Des cris silencieux, étouffés dans l’indifférence.

    Un pays mentalement à bout

    Face à cette vague de souffrance, les réponses restent fragiles. Moins de 0,1 % du budget national de la santé est consacré à la santé mentale. Dans un pays de près de 100 millions d’habitants, on compte à peine une centaine de professionnels formés. A l’hôpital neuropsychiatrique Saint-Vincent de Paul à Goma, des ONG offrent des consultations gratuites. Mais cela ressemble davantage à une goutte d’eau dans l’océan qu’à une solution durable. En 2023, le Ministère de la Santé Publique choquait les esprits, en annonçant que suivant ses estimations, 20 millions de personnes, soit un congolais sur cinq souffre de problèmes de santé mentale.

    Sarah n’était pas une donnée à insérer dans un rapport. Elle était une femme blessée, une épouse incomprise, une mère aimante. Pourtant, après sa mort, la cruauté n’a pas cessé. Sa vidéo, a circulé sur les réseaux sociaux et a été tournée en dérision.
    « On ne meurt pas pour un homme », écrivaient certains. Les réactions d’une société où la douleur intérieure est encore minimisée, moquée, effacée.

    Elle laisse derrière elle, une petite fille désormais orpheline, qui grandira dans l’ombre d’un geste que l’on aurait pu éviter. Et si rien ne change, elle portera aussi le poids des jugements et des stigmates.

    À toi qui lis ces mots

    La dépression ne devrait jamais mener à la solitude.
    Et pourtant, l’histoire de Sarah rappelle à quel point l’absence de soutien, les tabous et la stigmatisation ouvrent la voie à l’irréparable.

    À toi qui parcours ces lignes, puisse ton cœur se détourner des mariages toxiques. Mais surtout, puisse-t-il s’ouvrir à la compassion, à la solidarité et à la responsabilité. Pour que d’autres femmes ne s’enfoncent pas seules dans la nuit de l’oubli et du désespoir.

    Que la mémoire de Sarah, et les yeux de sa fille qui chercheront un jour à comprendre, nous rappellent l’urgence d’agir pour la santé mentale des femmes en RDC.

  • A la cuisine ou dans une usine ?

    A la cuisine ou dans une usine ?

    Le 9 août 2025, l’auditorium du Silikin Village s’est empli d’un murmure particulier. Des rires étouffés, des talons qui claquent, des carnets qui s’ouvrent, des téléphones prêts à capter chaque mot. Plus d’une cinquantaine de personnes ont répondu présentes : jeunes hommes, jeunes femmes, mères au foyer, entrepreneures, artistes, un mélange hétéroclite réuni pour se pencher sur une question à la fois intime et universelle : Entre usine et cuisine, la femme a-t-elle trouvé son équilibre ?

    En robes élégantes, uniforme, tailleur ajusté ou en simple jean ; parfois portant encore pour certaines la fatigue de leur journée de travail, elles ont répondu à ce rendez-vous au thème si intriguant devant des figures emblématiques de la gente féminine kinoise.

    Le premier panel réunit deux parcours qui imposent le respect : Caroline Pindi, architecte au regard franc, et la colonelle Nénette Mukembe, première femme à atteindre le rang de commandant dans l’armée congolaise. Très vite, la question tombe : « Une femme doit-elle réussir professionnellement avant de s’engager dans la vie conjugale ? »

    Caroline répond sans détour :

    « On ne doit pas parler comme si ces deux réalités s’excluaient. Le mariage n’est pas un idéal, mais un besoin d’accomplissement. Notre mission sur terre prime. Si elle nécessite un compagnon, il viendra. »

    Pour la Colonel Nénette, la réponse est dans la discipline :

    « Sous le drapeau, je suis militaire. À la maison, je suis maman. »

    Sa voix ne tremble pas. Elle sait que ce choix de vie exige bien plus qu’un emploi du temps bien géré. Sa déclaration déclenche des applaudissements nourris.

    Carrière, mariage : un équilibre fragile

    Quel rôle dans ce cas pour la femme congolaise dans la société moderne ? Le débat glisse vers un constat partagé : beaucoup de jeunes femmes font du mariage leur seul horizon. Caroline (Maman Ingénieure comme ça commence à se murmurer) met en garde :

    « On forme un maillon. Si vous négligez votre part de mission, obsédées par l’alliance au doigt, vous risquez de passer à côté de votre destin. »

    Les regards se croisent, certains baissent les yeux, d’autres approuvent. Le déclic recherché a commencé son périple introspectif dans les esprits.

    Le deuxième panel met en lumière une autre facette : l’impact du mariage sur la carrière. Do Nsoseme, slameuse reconnue, confie que certains de ses fans ont remarqué un changement depuis son union en 2024. Mais elle précise :

    « Je n’ai pas arrêté. Mon premier recueil est sorti cette année. J’ai commencé en 2012, mais c’est avec un mari qui croit en moi que j’avance. »

    Pour elle, le mariage peut être un levier, pas un frein.

    La journaliste Edith Meta, de la Radiotélévision nationale conclut avec fermeté :

    « Le mariage, c’est pour les adultes. »

    Elle explique que concilier vie de foyer et travail n’est pas un équilibre parfait, mais une négociation permanente avec soi-même et avec l’autre. Une leçon qui s’adresse directement aux jeunes générations dont la perception de la réalité est influencée par l’illusion du bonheur que renvoie les nouveaux médias.

    A l’issue de la rencontre, sur le parvis de cette journée curieusement ensoleillée pour un mois d’aout à Kinshasa, les conversations se prolongent. Certaines échangent des contacts, d’autres repartent en silence, les pensées tournées vers leurs choix à venir. L’équilibre entre usine et cuisine n’a peut-être pas trouvé de réponse définitive, mais il a trouvé un espace d’expression. Un déclic déterminant pour de futurs choix de carrière et des ménages équilibrés.