Il y a des samedis qui ressemblent à tous les autres. Et puis il y a eu celui du 14 mars 2026.
Ce matin-là, les couloirs de l’École Internationale MAARIF de Kinshasa vibraient au son d’une ambiance inhabituelle. Des voix, des rires, de jeunes filles, certaines avec casques sur la tête, d’autres voilées, se suivaient, une par une, puis par dizaines. Elles étaient 154. Et elles allaient tout changer.

L’heure de vérité
Nous les SISTERS, n’avions pas organisé cette journée pour faire joli. Dans une salle comble, les filles venues de trois écoles de la capitale, l’Ecole internationale MAARIF, l’ITMAT ISTA/Ndolo et le Groupe Scolaire Sheikh Hamdan Tumba II, étaient réunies ensemble pour écouter un message. Pour intérioriser un combat. Celui contre les violences basées sur le Genre, mais cette fois, en milieu scolaire.

Pour ouvrir le bal, la Commissaire Supérieure Adjointe, Maman Marcelline Ndaya, une habituée de ce genre de plaidoyer, s’est levée. Elle commande l’escadron de protection de l’Enfant et de prévention des violences sexuelles de la Police Nationale Congolaise. Devant la salle remplie d’adolescentes qui l’écoutaient, elle avait quelque chose de particulier. Elle leur a parlé des violences basées sur le genre, pas comme d’un sujet lointain, mais comme d’une réalité qui pouvait frapper dans n’importe quel couloir d’école. Elle leur a appris à nommer ces violences (attouchements, paroles ou gestuelles déplacés). À les signaler. À ne pas se taire. Chaque fille est repartie avec un flyer d’UNPOL (la Police des Nations Unies) dans les mains et un numéro de téléphone joignable sur WhatsApp – celui de l’escadron, disponible en cas d’abus.
Christine Fournelle, représentante de la section SPT d’UNPOL, a pris le relais. Sa voix était posée, mais ses mots ne l’étaient pas. Elle a rappelé que le 8 mars n’est pas une fête, mais plutôt un rappel de tout ce qui reste à construire. Réduire les inégalités de genre, disait-elle, commence par une chose simple : que chaque femme, chaque fille, s’approprie les questions qui la concernent. Qu’elle cesse de laisser les autres parler à leur place.

Trésor Kalonji, Président du Chapitre YALI, a conclu cette séance avec une idée qui a planté une graine dans beaucoup d’esprits : le football, les jeux vidéo, toutes ces disciplines longtemps perçues comme des territoires masculins ouvrent des portes et des opportunités académiques (pour étudier à l’étranger) et professionnelles (pour gagner sa vie et devenir autonome). Des bourses universitaires. Des carrières internationales. Pour les filles qui s’y aventurent avec talent et détermination.
Trois équipes. Une seule pouvait gagner.
Après la sensibilisation, les filles sont sorties pour un tournoi de football féminin et de sport électronique.
La première demi-finale a opposé l’ITMAT-ISTA/Ndolo à Sheikh Hamdan Tumba II. Vingt minutes cumulées d’un football physique, intense, engagé. Les joueuses de l’ITMAT ont imposé leur gabarit et leur rythme jusqu’à arracher un pénalty en deuxième période marquant l’unique but de la rencontre. Suffisant pour passer.


En finale, l’ITMAT retrouvait MAARIF, qualifiée d’office, mais affûtée, composée de joueuses habituées à se retrouver sur ce même terrain après les cours. Les coachs de l’ITMAT ont tenté de redistribuer les cartes en changeant trois joueuses clés, cherchant de la vélocité, du sang frais. MAARIF n’a pas attendu. Trois buts consécutifs, nets et construits. Une maîtrise qui ne laissait aucune place au doute. L’ITMAT sauvera l’honneur en toute fin de match, concluant la finale sur un score de trois buts à un. MAARIF soulevait le trophée devant ses propres tribunes.


Et puis il y a eu Zena.
Dix filles s’étaient inscrites en e-sport. Deux demi-finales. Une finale serrée, nerveuse, qui s’est décidée aux tirs aux buts.
L’une des deux finalistes venait de l’ITMAT. Marina, une joueuse occasionnelle, habituée à la manette. L’autre s’appelait Zena. Élève de première commerciale à Sheikh Hamdan Tumba II. Et ce jour-là était la toute première fois de sa vie qu’elle tenait une manette entre ses mains. Pourtant, elle a gagné.

» En tout cas c’était génial ! À la prochaine occasion, nous allons vraiment nous préparer. Si non , l’organisation a été parfaite » a confié le Professeur Denis Musasa de l’ITMAT.
» C’était bien organisé. Nous avons été bien accueillis. Coup de chapeau aux SISTERS. Nous espérons que ce type d’activités puisse être organisé à nouveau pour ouvrir nos élèves-filles à des nouvelles perspectives et surtout à se socialiser avec d’autres élèves » a renchéri le Directeur du Groupe Scolaire Sheikh Hamdan Tumba II, également membre de la Coordination des écoles conventionnées musulmanes de Kinshasa.
BOMOKO
En lingala, le mot veut dire unité. Mais le 14 mars 2026, il a voulu dire bien plus. Il a voulu dire que 154 jeunes filles de Kinshasa ont passé une journée à se découvrir plus fortes qu’elles ne le pensaient. Sur un terrain de football, devant un écran et face à des mots difficiles sur des réalités tout autant difficiles.
Elles sont reparties différentes. Pas radicalement transformées, car la vie ne fonctionne pas comme ça. Mais avec quelque chose de plus. Un nom, un numéro à appeler si ça va mal. Une fiche des Nations Unies qui leur explique leurs droits. Mais également, une idée que le sport peut mener quelque part. La mémoire d’une journée où personne ne leur a dit qu’elles ne pouvaient pas.
C’est ça, Sisters. C’est ça, BOMOKO.
Le Tournoi Bomoko a été réalisé avec le soutien de UNPOL · de la MONUSCO (Bureau de l’Information Publique) et de· Hungry Warrior Academy Canada