L’union récente de l’artiste Moyengo Kadima, célèbre pour ses caricatures et dessins satiriques illustrant les enjeux politiques et sociaux en République démocratique du Congo, a suscité une vive polémique. La cérémonie, tenue à Mbuji-Mayi, chef-lieu de la province du Kasaï-Oriental, a attiré l’attention en raison de l’attitude de son épouse, dont l’identité complète n’a pas été dévoilée. Sur les réseaux sociaux, les internautes ont multiplié les commentaires, certains louant ou critiquant son apparence, tandis que d’autres débattaient de son comportement jugé pudique et réservé. Cette posture a alimenté des spéculations sur son éducation traditionnelle, perçue comme conservatrice, et sa soumission supposée, conformément aux normes culturelles Luba.

Le Couple KADIMA
Face à ces réactions, une question centrale émerge : l’attitude réservée de l’épouse Kadima reflète-elle des valeurs éducatives traditionnelles ou une conformité imposée par la société ?
Ces débats ont également ravivé les tensions autour des rôles des femmes dans une société patriarcale. Certains observateurs, notamment masculins, ont comparé ce modèle d’épouse réservée à celui des femmes engagées sur les questions sociales et politiques, opposant deux visions du rôle féminin.
Leadership et soumission : y a-t-il un lien ?
Depuis que la parole s’est libérée en RDC, les femmes occupent une place croissante dans l’espace public, s’exprimant sur des sujets variés, y compris des questions controversées. Pourtant, dans une société dominée par le patriarcat, cette prise de parole est souvent perçue comme transgressive. Les mouvements féminins actifs depuis les années 2000 ont promu le leadership féminin, qui s’est consolidé au fil des années, jusqu’à s’étendre à plusieurs autres domaines professionnels. Mais alors, qui sont les femmes soumises ? Peut-on l’être tout en étant un leader affirmé et respecté ?
La perception de la « soumission » soulève des interrogations. Est-ce qu’une femme qui réagit vigoureusement à un commentaire déplacé en ligne devrait-elle être considérée comme insoumise ? Élever le ton (ou la voix) devant un homme (acte considéré comme irrespectueux) dans certaines cultures et toléré dans d’autres est-il un critère par lequel on devrait juger des qualités d’une femme ?

Les critères pour évaluer les qualités d’une femme varient selon les traditions, ce qui complique toute approche standardisée. Les débats en ligne révèlent souvent des jugements fondés davantage sur des préjugés que sur une réelle évaluation des compétences ou du caractère.
Vers une reconnaissance équilibrée
Dans ce contexte, il est essentiel de rappeler que le débat autour de la soumission des femmes ne devrait pas se transformer en une lutte contre l’intelligentsia féminine. Une femme qui argumente ne devrait pas être perçue comme irrespectueuse. Il est temps de dépasser les clivages culturels pour reconnaître que la capacité à débattre et à s’affirmer n’est pas une remise en cause des valeurs culturelles congolaises, mais un enrichissement pour la société.